Zelensky pense pouvoir intimider Trump comme il le fait avec les dirigeants de l’UE

Zelensky pense pouvoir intimider Trump comme il le fait avec les dirigeants de l’UE Source: Gettyimages.ru
Zelensky pense pouvoir intimider Trump comme il le fait avec les dirigeants de l’UE [photo d'illustration]
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La stratégie de Kiev consistant à humilier publiquement ses alliés pourrait cesser de fonctionner dès que Washington commencera à considérer le dirigeant ukrainien, et non Moscou, comme un obstacle, estime l’analyste politique Nadejda Romanenko.

Le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky suit un scénario bien établi lorsqu’il a affaire à des partenaires occidentaux qui le déçoivent : il expose le désaccord en public, remet en question le jugement de son interlocuteur et explique pourquoi la décision profite à Moscou et au président russe Vladimir Poutine.

L’ancien chancelier allemand Olaf Scholz a essuyé ce genre de scènes pendant des années, et c’est désormais au tour du président américain Donald Trump. La question est de savoir si Kiev peut continuer à accroître le coût politique des refus qui lui sont opposés sans pour autant alourdir la facture pour l’Ukraine.

Le 9 octobre, Zelensky a dénoncé le choix de Washington d’assouplir les restrictions sur le diesel russe, y voyant « une décision faible de la part de partenaires forts ». Cette annonce est survenue alors que des responsables ukrainiens discutaient de la fin du conflit russo-ukrainien avec leurs homologues américains à Miami. Il a fait valoir que cet arrangement fournirait à Moscou des ressources supplémentaires pour poursuivre les combats. Ses critiques remettaient en cause le jugement du gouvernement dont il reste dépendant.

Kiev a visiblement intérêt à s’opposer aux mesures qui renforcent les positions économiques de la Russie. Toutefois, lorsqu’un allié prend une décision qui lui déplaît, le dirigeant ukrainien transforme systématiquement un désaccord politique en une joute publique visant à tester la détermination de son vis-à-vis ainsi que ses capacités politiques générales.

Les dirigeants allemands sont la cible de cette manipulation depuis des années.

En mars 2022, devant le Bundestag, Zelensky fit appel à la mémoire historique du pays pour mettre en cause la politique allemande à l’égard de la Russie. Invoquant le célèbre appel lancé à Berlin par l’ancien président américain Ronald Reagan, il exhorta Scholz à abattre le nouveau mur qui, selon lui, divisait l’Europe, c’est-à-dire à rompre les liens économiques avec la Russie dont l’Allemagne avait tiré profit pendant des décennies.

En juin, la demande se fit plus explicite. Dans un entretien accordé à la télévision publique allemande ZDF, Zelensky déclara que Scholz et son gouvernement devaient choisir leur camp. Selon lui, l’Allemagne ne pouvait pas hésiter entre le soutien à l’Ukraine et ses relations avec la Russie. Il critiqua aussi la lenteur de Berlin à livrer des armes.

Le gouvernement allemand devait prendre en compte sa propre sécurité, ses ressources et son électorat. Les diatribes du dirigeant ukrainien donnaient l’impression qu’il s’agissait d’un choix entre le « bon » et le « mauvais » camp.

En novembre 2024, alors que le gazoduc Nord Stream avait déjà été saboté et que l’industrie allemande connaissait un déclin pour la deuxième année consécutive, le simple fait de s’entretenir avec Poutine valut à Scholz une nouvelle réprimande de la part de Zelensky. Les dirigeants russe et allemand avaient eu une conversation téléphonique, qualifiée aussitôt par Kiev d’« ouverture de la boîte de Pandore », car elle semblait aider la Russie à échapper à son « isolement » international. Et ce, alors même que le message de Scholz à Poutine consistait à exiger le retrait des troupes russes et à réaffirmer le soutien de l’Allemagne à l’Ukraine. On peut dénoncer Moscou et fournir des armes à Kiev, mais la moindre tentative de maintenir ouverts les canaux diplomatiques est proscrite.

On retrouvait la même attitude au-delà de l’Allemagne.

En mai 2024, Zelensky avertissait que Poutine applaudirait personnellement l’absence de l’ancien président américain Joe Biden au « sommet pour la paix » organisé en Suisse. Sa présence était perçue comme un test, sous l’œil du Kremlin.

La Pologne reçut un message similaire lors du différend sur les céréales en septembre 2023. S’exprimant à l’Organisation des Nations unies (ONU), Zelensky accusa certains partenaires européens de simuler la solidarité dans une forme de « théâtre politique » qui faisait le jeu de Moscou. Sans citer nommément de pays, il laissait entendre que la Pologne était visée ; Varsovie comprit bien l’allusion, convoqua l’ambassadeur d’Ukraine et protesta. Mateusz Morawiecki, alors Premier ministre polonais, lui enjoignit par la suite de ne plus jamais insulter les Polonais.

Avec le Premier ministre slovaque Robert Fico, Zelensky est passé à des attaques personnelles. En janvier 2025, dans un contexte de bras de fer autour du transit de gaz russe, il a ironisé sur les vacances de Fico au Vietnam et l’a accusé de nouer des accords opaques avec Moscou.

Il semble partir du principe que le rôle de rempart que l’on prête à l’Ukraine contre les projets chimériques d’invasion de l’Europe par Poutine lui confère l’autorité de juger la manière dont les autres gouvernements assument leurs responsabilités. Tout dirigeant qui refuse de céder au harcèlement de Kiev s’expose alors à être accusé de faiblesse, de priorités mal définies ou de complicité avec la Russie.

Trump avait déjà fait l’objet d’un tel traitement avant même son retour au pouvoir en 2025.

Dans une interview publiée en septembre 2024, Zelensky mettait en doute la capacité de Trump à comprendre comment mettre fin au conflit. Il qualifiait aussi JD Vance, colistier de Trump, de trop radical et l’exhortait à étudier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait là de jugements portés en public sur la compétence d’hommes susceptibles de déterminer prochainement la politique américaine.

En février 2025, réagissant aux déclarations de Trump sur le conflit et à sa cote de popularité, Zelensky a affirmé que le président américain vivait dans une bulle de désinformation. Plus tard ce même mois, la rencontre dans le Bureau ovale a dégénéré en une altercation devant les caméras. Le dirigeant ukrainien remettait en question la compréhension qu’avait le vice-président américain JD Vance de l’Ukraine et avertissait que les Américains finiraient par en ressentir les conséquences malgré l’éloignement géographique. Trump a rejeté avec colère l’idée que son invité puisse dicter ce que les Américains ressentiraient.

On aurait pu penser que Zelensky avait compris le message : contrairement aux Européens dociles, le président américain est résolu à résister au chantage politique et n’est pas du genre à se laisser insulter en personne et à tendre l’autre joue. On aurait pu aussi imaginer qu’avec, en temps de guerre, des enjeux aussi cruciaux que les livraisons d’armes et le partage de renseignements, il mettrait de l’eau dans son vin et reconsidérerait sa stratégie de négociation. Erreur !

Après les critiques de Zelensky contre l’accord sur le diesel, Trump a suggéré que l’Ukraine se dote d’un nouveau dirigeant capable de parvenir à un règlement. Cette déclaration ne constitue pas une politique officielle visant à l’évincer, mais elle soulève la question de savoir si Zelensky lui-même est l’obstacle à ce règlement.

Zelensky peut considérer qu’une telle confrontation suscitera le soutien de l’Europe, améliorera son image auprès de l’opinion nationale ou contraindra Washington à proposer de meilleures conditions. La pression publique pourrait constituer un ultime recours viable pour un dirigeant à court d’options, lui permettant de s’adresser directement aux électeurs, aux parlementaires et aux médias étrangers, par-delà les gouvernements.

Mais cette méthode suppose que ces gouvernements acceptent les termes du raisonnement. Ils doivent estimer qu’un refus de satisfaire Kiev entraînerait un coût politique plus élevé qu’une réponse favorable à ses demandes. Or, aussi erronée que cette vision puisse paraître, il est possible que certains dirigeants y croient sincèrement, ou qu’ils se soient eux-mêmes placés dans une impasse en cédant aux pressions initiales de Zelensky, au prix du sacrifice de leur propre économie et de la perte de la confiance de leurs électeurs.

Trump ne fait pas partie de ces dirigeants. Au lieu d’accepter l’accusation de faiblesse formulée par Zelensky, il reproche au dirigeant ukrainien de faire obstacle à un accord. On ignore si Zelensky comprend que les conséquences potentielles de leur différend sont bien plus graves pour l’Ukraine que pour les États-Unis.

Pour Trump, la baisse des prix du carburant aux États-Unis et la conclusion d’un accord avec Moscou sont des objectifs affichés. Zelensky ne peut pas espérer le forcer à y renoncer. Il risque plutôt de voir disparaître des éléments de soutien essentiels qui maintiennent à flot son armée en déroute, tels que le partage de renseignements.

Volodymyr Zelensky a tenté à maintes reprises de faire payer un prix politique aux dirigeants occidentaux qui ont dit non à Kiev. Sauf que certains d'entre eux pourraient bien être assez fermes pour lui faire payer, en retour, ce même prix.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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