Les États-Unis ont fêté, ce 4 juillet, leurs 250 ans d’existence. Une nation controversée, entre «Grand Satan» et «rêve américain». L’occasion de dresser le bilan de son modèle et de son avenir, loin d’être brillant selon Alexandre Regnaud.
Avant de parler des échecs, il faut reconnaître qu’en 250 ans, évidemment, les États-Unis ont eu leur lot de succès.
Le premier succès des États-Unis est avant tout psychologique : faire croire au monde entier qu’ils sont géniaux et tout-puissants, qu’il doit forcément en être ainsi pour notre bonheur, et que leur seul objectif dans la vie est de préserver la liberté.
Pour cela, un outil exceptionnel : Hollywood et ses avatars, de Netflix à ses déclinaisons contemporaines. Gavés de films, de séries, de héros, d’histoires et de tranches de vie américaines, beaucoup de gens connaissent sans doute mieux ce pays que leur propre culture, ce qui influence naturellement l’opinion qu’ils en ont.
Pour eux, les soldats américains sont très forts et combattent des gens très méchants, leurs espions sont tout-puissants et excessivement intelligents, tout le monde là-bas est beau et riche, un SDF peut y devenir milliardaire, et quoi qu’il arrive, l’Amérique sauvera toujours le monde et la liberté. C’est ce que l’on appelle du « soft power », en un mot, de la propagande, dont ils nous abreuvent à longueur d’écran.
L’autre succès est politique. Alors que l’on fête les 250 ans de l’indépendance de l’ancienne colonie américaine émancipée de la Grande-Bretagne, les États-Unis ont réussi à coloniser l’Europe.
En premier lieu, en plaçant leurs propres hommes à la tête des pays du Vieux Continent. Notamment via des programmes comme les « Young Leaders », qui consistent, en résumé, à repérer les futurs talents, à les former et les formater pour promouvoir les intérêts américains, puis à faciliter leur accession à des postes de pouvoir afin qu’ils puissent agir en véritables agents de l’étranger au profit des États-Unis. François Hollande y a participé en 1996, Emmanuel Macron en 2012, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe en 2011. Dans les avatars européens ou liés au WEF du programme, on retrouve par exemple Kaja Kallas, Alexander Stubb, président de la Finlande, ou encore Alexander De Croo, ancien Premier ministre belge.
Et en matière de trahison des intérêts nationaux, on trouve au premier rang le démantèlement des trésors économiques d’un pays au profit des Américains. Le plus parfait exemple, pour la France, reste la vente d’Alstom à General Electric. Un véritable scandale d’État, pour lequel beaucoup pensent que le député Olivier Marleix aurait été suicidé afin d’empêcher des révélations, avec, à la manœuvre pour la vente, le ministre de l’Économie de l’époque, en 2014, un certain... Emmanuel Macron.
La poursuite de la guerre jusqu’au dernier Ukrainien s’inscrit dans la même logique, puisqu’une bonne part des milliards issus de vos impôts, lorsqu’ils ne partent pas directement dans les poches de la junte de Kiev, servent à acheter des armes... américaines. C’est, entre autres, le programme PURL, avec déjà 6 milliards d’euros dépensés, et 15 prévus en 2026.
Mais en matière de « bonnes nouvelles » pour ce 250e anniversaire, il n’y a en réalité pas grand-chose de plus. Le reste relève plutôt de l’inventaire à la Prévert d’un déclin inexorable.
Loin des images d’Hollywood et du rêve américain, les États-Unis sont le pays des inégalités record. Les 1 % les plus riches se partagent 32 % de la richesse, tandis que les 50 % les moins riches en détiennent à peine 2,5 %. Un profil, mesuré notamment par le coefficient de Gini, en aggravation, similaire à celui de ce que l’on appelle les « pays en développement », soit l’ancien tiers-monde.
Dans la même veine, les États-Unis ont chuté à leur plus bas niveau historique dans le Rapport mondial sur le bonheur de 2025, se classant 24es au niveau mondial, et même 62es pour les moins de 30 ans. D’ailleurs, un sondage de Harvard de novembre 2025 révèle que seuls 13 % des 18-29 ans estiment que les États-Unis vont dans la bonne direction, tandis que 54 % envisagent de quitter le pays. Par ailleurs, 54 % des adultes déclarent se sentir socialement isolés. Quelque 85 millions d’Américains sont sans assurance ou sous-assurés. Et seuls 17 % des Américains font confiance au gouvernement fédéral pour faire ce qui est juste.
Devant tant de désespoir, la drogue, au premier rang le fentanyl, un opioïde bon marché, ravage littéralement les centres-villes, transformés en cloaques coupe-gorge, remplis de quasi-zombies défoncés au milieu de tas d’ordures.
Dans la foulée, l’espérance de vie américaine est inférieure de 3,7 ans à celle des autres pays dits riches, classant les États-Unis au 49e rang mondial, avec des projections négatives. La mortalité infantile y est de 5,6 ‰, contre une moyenne OCDE de 4,2 ‰, sans doute le meilleur indicateur d’un déclin global du pays.
Économiquement, la réindustrialisation promise par Trump, et censée justifier les « tarifs », est un échec complet. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB américain est tombée à 9,4 % en 2025, contre 9,8 % en 2024, et l’emploi dans les usines a atteint son plus bas niveau depuis cinq ans. Plusieurs États, comme l’Arizona, l’Arkansas, l’Idaho, le Maine, le Maryland ou le Mississippi, ont enregistré une croissance négative du PIB et de l’emploi au premier semestre 2025. Le dollar a perdu en moyenne 7 % de sa valeur face aux autres devises majeures, et la dette a franchi le seuil des 38 000 milliards de dollars, atteignant environ 125 % du PIB.
On pourrait continuer ainsi à multiplier les indicateurs, mais vous avez compris la tendance.
Et au niveau international ? La réponse est brève : leur domination militaire est terminée, et le niveau de détestation des États-Unis n’a jamais été aussi élevé.
Militairement, la Russie a montré la voie en tenant, seule, l’OTAN, et donc principalement les États-Unis, en échec en Ukraine. L’Iran a enfoncé un clou supplémentaire dans le cercueil du « gendarme du monde », en infligeant une humiliante défaite directe à ceux qu’un Moyen-Orient ravagé par leur interventionnisme, en Irak et en Syrie notamment, appelle depuis longtemps le « Grand Satan ».
Globalement, les engagements en Ukraine, mais plus encore en Iran, ont clairement montré que les Américains n’avaient plus les moyens humains, mais surtout industriels et économiques, de leurs ambitions planétaires.
Le corollaire, c’est que, la crainte diminuant, la parole se libère face à une longue série de déstabilisations, de massacres, de guerres, de soutiens à des régimes criminels et autres coups d’État menés sur tous les continents, quasiment depuis 1945. La compréhension de leur rôle particulièrement négatif pour la paix, l’harmonie et la prospérité mondiales va croissante, ce qui mène naturellement à la recherche de modèles alternatifs et explique en partie le succès des BRICS.
Le fait est que le succès des États-Unis repose principalement, et depuis toujours, sur un modèle de guerre et de prédation.
La prédation originelle est bien sûr celle des terres et des richesses des Amérindiens, massacrés au passage. Le pays sort ensuite du Far West et devient réellement industriel tardivement, avec la Première Guerre mondiale, en prêtant de l’argent aux belligérants pour qu’ils lui achètent en retour armes et marchandises avec ces mêmes liquidités. Un modèle prédateur qui se développe à plein régime avec la Seconde Guerre mondiale, puis qui est entretenu avec la guerre froide, via les mécanismes de l’OTAN. Et qu’ils essaient toujours de reproduire, à moindre échelle, en Ukraine.
Un afflux de cash constant leur permet d’imposer leur monnaie comme valeur d’échange mondiale, notamment pour l’indispensable énergie, amenant à la naissance du pétrodollar et à toutes ses dérives, particulièrement une dette en réalité insoutenable, fondée sur la planche à billets sans assise réelle.
Le hic étant justement que, quel qu’il soit, un régime de prédation n’est jamais viable sur le long terme : il finit toujours par s’épuiser naturellement. Et surtout, il ne fonctionne que tant que les proies tétanisées n’ont pas élaboré de défense et, en gros, se laissent faire.
Or, nous venons de le voir, à l’exception d’une Europe colonisée, les proies, c’est-à-dire le reste du monde, commencent justement, et pour certaines très sérieusement, à se rebeller. Tandis qu’en conséquence, les signes d’épuisement du modèle, particulièrement en interne, deviennent de plus en plus flagrants.
Bref, si les États-Unis viennent de fêter leurs 250 ans, il est loin d’être certain qu’il y aura encore quelque chose de très glorieux à célébrer lors du prochain jubilé. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le monde, lui, s’en portera sans doute beaucoup mieux.
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