Faillites en France : incertitude en Champagne où une prestigieuse maison pourrait passer sous pavillon allemand
© John Keeble Source: Gettyimages.ruLa célèbre maison de champagne Pommery, troisième négociant champenois derrière LVMH et Pernod-Ricard, en grandes difficultés financières, a annoncé début juin l’ouverture de négociations avec le géant du mousseux Henkell. Pommery est plombée par les dettes et fragilisée par un marché français exsangue.
La maison Pommery va-t-elle tomber dans l’escarcelle du groupe Henkell, géant allemand des vins effervescents ? Début juin, cette institution familiale de Reims avait annoncé l’ouverture de négociations exclusives, pour deux mois, avec l’entreprise de la région Rhin-Main sur une prise de participation majoritaire.
« Un coup de tonnerre » en Champagne sur lequel est longuement revenu ce 28 juin Le Figaro, dans un article titrant sobrement sur la « grandeur et décadence » de cette « prestigieuse maison » qui est « au bord de la faillite » en raison d’« une échéance obligataire de 45 millions d’euros ».
« Il n’y a pas une année où l’on ne parlait pas de leurs problèmes, mais là, il y a une forme d’incrédulité », a confié au quotidien une « figure de la région ». « Un tel rapprochement entre une prestigieuse maison de champagne et un groupe viticole généraliste étranger serait inédit dans ce vignoble symbole du raffinement à la française », a tranché Le Figaro quant à cette opération financière qui se profile et revenant sur une success-story débutée un demi-siècle plus tôt.
« Les banquiers ont leur part à assumer dans la chute de Vranken »
Cette success-story est celle d’un entrepreneur d’origine belge et de sa femme qui fondent une marque de champagne à leur nom avant de s’en tailler un dans le milieu champenois grâce au rachat en 2002 de Pommery au groupe de luxe LVMH, six ans après celui des champagnes Heidsieck & Co Monopole. Mais la crise des subprimes brise la dynamique et envoie du plomb dans l’aile au groupe familial, dont la dette culmine à 600 millions d’euros en 2009. Un trou d’air auquel Pommery est à nouveau confronté depuis 2023.
« Ils ont été fragilisés par l’atonie du marché français sur lequel ils sont très présents », a déclaré au quotidien un ex-dirigeant d’une coopérative champenoise. Pour calmer les ardeurs de ses créanciers, le groupe a cédé en 2025 les champagnes Heidsieck à Lanson-BCC et plus récemment le restaurant parisien Lucas Carton, a rappelé Le Figaro, s'offrant ainsi un an de répit.
« Tout le monde joue les effarouchés, mais les banquiers ont leur part à assumer dans la chute de Vranken. Il est insensé d’autoriser des niveaux d’endettement tels quand on connaît la surface financière du groupe », s’est-il emporté auprès du quotidien Stéphane Baschiera, ancien président de Moët & Chandon.