Une note confidentielle place le Maroc et l'Algérie parmi les «principaux États refuges des fugitifs recherchés» en France
© ATU Images Source: Gettyimages.ruL'Office central français de lutte contre la criminalité organisée a élaboré une note confidentielle avec un classement des pays qui abritent le plus de fugitifs dans le monde. Israël, la Tunisie, les Émirats figurent au top 5, avec des typologies de criminalité variables, selon chaque pays.
Une note confidentielle intitulée « Les principaux États refuges des fugitifs recherchés par la Justice française », issue de l'Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) et datée du 4 mai, a révélé que le Maroc et l’Algérie figuraient en tête des pays choisis par les fugitifs pour servir de refuge contre les poursuites en France, a révélé le site de la radio RTL ce 6 mai.
D’après la note, le Maroc est classé au premier rang des pays abritant des malfrats avec 218 fugitifs susceptibles d’y avoir trouvé refuge. L’Algérie arrive en seconde position, avec 124 fugitifs soupçonnés d’avoir fui vers ce pays. Le top 5 compte Israël en troisième position avec 87 individus, la Tunisie en quatrième position avec 59 personnes recherchées et enfin les Émirats arabes unis (EAU) avec 48 personnes recherchées par la justice française en vertu d’une notice rouge d’Interpol.
Des activités criminelles pilotées en dehors du territoire français
C’est la Brigade nationale de recherche des fugitifs (BNRF) affiliée à l'OCLCO qui a établi la note, où elle a précisé sa méthode pour établir le classement. Elle a en effet analysé 3 600 notices rouges en cours de diffusion sur la plateforme d’Interpol I24/7 et la liste des pays dans lesquels les malfaiteurs recherchés par ce service sont susceptibles de trouver refuge. Selon cette brigade, la criminalité organisée a évolué à tel point qu’elle permet « à des malfaiteurs d’envergure aujourd’hui condamnés ou recherchés par les autorités judiciaires françaises de piloter parfois sereinement leurs activités illégales hors de France ». La BNRF a aussi souligné que « l'arrestation des cibles d’intérêt prioritaire réfugiées dans des pays tiers constitue un enjeu essentiel pour sortir la France du piège du narcotrafic », rapporte RTL.
Typologie des délinquants fugitifs
La note a également révélé de « fortes disparités dans la typologie délinquante » constatées dans chacune des destinations citées plus haut. Les fugitifs soupçonnés d’avoir fui vers le Maroc sont recherchés à 49 % pour des faits liés aux stupéfiants, alors que 27 % d’entre eux sont recherchés pour des faits liés à la criminalité organisée et, dans une proportion moindre, 11 %, pour des infractions économiques ou financières.
Dans le cas de l’Algérie, les criminels qui y trouvent refuge le font surtout pour des faits de droit commun à 47 % des cas, 25 % sont recherchés pour des faits liés à la criminalité organisée, et les délits liés au trafic de stupéfiants ne représentent que 21 % des cas.
Les personnes recherchées pour des infractions de nature économique ou financière ont tendance à fuir vers les Émirats arabes unis dans 38 % des cas. Ce chiffre augmente à 91 % pour un pays comme Israël.
Il convient de noter que pour le reste du classement figurent des pays comme la Turquie avec 41 notices rouges, le Royaume-Uni 34, les États-Unis 20, le Sénégal 21, et enfin la Serbie et la Thaïlande avec 17 notices rouges chacune. Les autorités françaises déplorent cependant la rareté des extraditions de la part des États, « au premier rang desquels la France », d’où la décision de la Direction nationale de la Police judiciaire (DNPJ) d'établir une liste des cibles d'intérêt prioritaire pour identifier les leviers d'action susceptibles de servir dans la lutte contre le sentiment d'impunité.