Une trêve déjà ébranlée : le cessez-le-feu au Liban violé dès ses premières heures
© Getty ImagesLe cessez-le-feu entré en vigueur à minuit a été immédiatement fragilisé par des frappes meurtrières au sud du Liban. Israël et le Hezbollah s’accusent mutuellement de violations, alimentant une spirale de représailles. Malgré une avancée diplomatique, la trêve reste précaire et dépend d’engagements encore incertains.
À peine entré en vigueur dans la nuit du 16 au 17, le cessez-le-feu entre le Hezbollah et l’armée israélienne montre déjà des signes de fragilité. Des frappes menées à minuit sur le sud du Liban ont fait au moins trois morts à Marwaniyé, tandis qu’à Tyr les secours s’activaient dans les décombres de plusieurs immeubles détruits, dont un bâtiment de douze étages encore habité. Selon des sources locales, le bilan humain pourrait être bien plus lourd, confirmant l’extrême précarité de cette trêve annoncée quelques heures plus tôt.
Ce cessez-le-feu, présenté comme une première réussite pour le président Joseph Aoun, a été arraché au terme d’une intense séquence diplomatique. Dans la soirée du 16 avril, Donald Trump a annoncé une trêve de dix jours après un échange téléphonique avec son homologue libanais. L’accord prévoit l’ouverture de négociations directes entre Beyrouth et Tel Aviv, une perspective inédite dans un contexte de guerre encore active.
Israël sanctuarise ses acquis
Cette annonce est intervenue malgré le refus ferme de Joseph Aoun de s’entretenir avec Benjamin Netanyahou, comme le souhaitaient Washington et Tel Aviv. Le président libanais a préféré maintenir le contact avec Marco Rubio, privilégiant une médiation américaine indirecte plutôt qu’un dialogue direct jugé prématuré et politiquement risqué.
Mais la réalité sur le terrain contraste avec les annonces diplomatiques. L’armée libanaise a dénoncé plusieurs « actes d’agression » israéliens, évoquant des bombardements sporadiques dans différents villages du Sud. En réponse, le Hezbollah a affirmé avoir pris pour cible des soldats israéliens près de Khiam, présentant cette action comme une riposte aux violations de la trêve. Cette dynamique de représailles illustre la difficulté à imposer un arrêt réel des hostilités.
Du côté israélien, la lecture du cessez-le-feu reste très restrictive. Benjamin Netanyahou a clairement indiqué que cette pause militaire ne remettait pas en cause les objectifs de son gouvernement : démanteler le Hezbollah et instaurer une zone tampon au sud du Liban.
Dans les faits, Israël continue de renforcer son dispositif au sud du Litani, tout en poursuivant la destruction d’infrastructures clés, comme les ponts reliant la région au reste du pays. Cette stratégie vise à isoler la zone et à empêcher le retour de centaines de milliers de déplacés, transformant de facto cette trêve en un outil de contrôle territorial.
Face à cela, le Hezbollah adopte une position conditionnelle. Le mouvement affirme respecter le cessez-le-feu uniquement si Israël met un terme complet à ses opérations, y compris les assassinats ciblés. Il rejette toute présence militaire israélienne sur le sol libanais, considérant qu’elle légitime la poursuite de la résistance.