Budget européen : Macron chercherait à taxer les entreprises étrangères pour limiter la contribution de la France
Source: Gettyimages.ruLe financement du prochain budget de l’Union européenne ravive les tensions entre États membres. Paris cherche à créer de nouvelles recettes européennes, notamment auprès des géants numériques américains et d’entreprises étrangères, afin de limiter une hausse de sa propre contribution à Bruxelles et de préserver ses priorités budgétaires.
Le financement du prochain budget européen, prévu pour la période 2028-2034, devient un dossier sensible pour Paris. Selon Politico, Emmanuel Macron a demandé à son administration d’identifier de nouvelles taxes à l’échelle de l’Union européenne pour financer ce budget, estimé à 2 000 milliards d’euros.
Derrière cette initiative, l’objectif français est d’éviter une hausse trop importante de la contribution nationale à Bruxelles. Politico explique que Paris préfère que l’Union européenne trouve de nouvelles recettes en taxant davantage de grandes entreprises étrangères, notamment les géants technologiques américains et les entreprises visées par les politiques climatiques européennes, plutôt que de demander plus d’argent aux gouvernements nationaux.
Le dossier a aussi une dimension politique intérieure. Selon Politico, si aucun accord n’est trouvé sur ces nouvelles recettes, Paris devra verser davantage au budget européen. Une telle perspective pourrait nourrir les critiques du Rassemblement national, en tête des sondages avant la présidentielle d’avril 2027.
Les intérêts français au cœur du débat
La position de Paris s’explique aussi par son refus de réduire fortement les dépenses européennes. Contrairement à l’Allemagne ou aux Pays-Bas, la France ne souhaite pas couper dans le budget de l’UE, notamment parce qu’il finance d’importantes subventions agricoles, un secteur influent dans le pays. Un diplomate européen cité par Politico résume cette ligne en affirmant que Paris veut « avoir le beurre et l’argent du beurre ».
La Commission européenne avait déjà proposé plusieurs sources de recettes, notamment des taxes sur les importations carbone, les émissions, les déchets électroniques, le tabac et les bénéfices des entreprises. Mais ces pistes se sont heurtées à l’opposition de plusieurs gouvernements, inquiets de leur impact sur leurs propres industries.
Face à ce blocage, Paris défend l’idée de nouvelles « ressources propres » pour l’Union européenne. Le ministre français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, cité par Politico, les présente comme une « condition essentielle » pour approuver le budget. « Nous ne pouvons pas compter uniquement sur les contributions nationales, personne ne peut se le permettre », a-t-il déclaré.
Entre divisions européennes et pression américaine
Plusieurs options restent discutées. Le Parlement européen a proposé en mai de nouvelles taxes sur les entreprises de cryptomonnaies, les grandes plateformes numériques et les jeux en ligne. La France et l’Espagne ont déjà apporté un premier soutien à ces idées. Paris étudierait aussi un durcissement des obligations climatiques imposées aux compagnies aériennes étrangères.
Mais ces projets pourraient rapidement se heurter aux politiques de Washington. Donald Trump a menacé le 26 juin d’imposer des droits de douane de 100 % aux pays européens appliquant une taxe sur les services numériques. La Commission européenne a affirmé qu’elle réagirait « rapidement et avec détermination » si ces menaces étaient mises à exécution.
Le dossier met ainsi en évidence les divisions persistantes au sein de l’Union européenne, entre intérêts nationaux, refus de nouvelles taxes et pression américaine sur les choix économiques de Bruxelles. Selon Politico, le président du Conseil européen, António Costa, espère parvenir à un accord global sur le budget lors d’un sommet prévu en décembre 2026.