Si la France n'est pas la seule, l'effondrement du niveau scolaire y est encore plus visible que dans le reste de l'Europe. C'est le résultat de décennies de mauvaises politiques, qui doit servir de mise en garde pour le reste du monde. Une analyse d'Alexandre Regnaud.
Les résultats des derniers tests PISA (qui mesurent le niveau scolaire des élèves de 15 ans dans 91 pays de l’OCDE sur tous les continents) sont sans surprise : catastrophiques pour la France.
Dans un précédent article consacré à la complicité active du gouvernement Macron dans la baisse de niveau en France, je soulignais déjà les résultats alarmants des précédents tests. Ceux publiés ce 8 septembre pour 2026 sont encore pires.
En reprenant les chiffres déjà compilés par RT, et en les mettant en perspective sur le plus long terme, on arrive à une baisse de 17 points en sciences, 49 points en compréhension de l’écrit, et 59 points en mathématiques depuis l’an 2000.
L’OCDE considère que 20 points constituent les acquis d’une année scolaire. En 26 ans, les jeunes Français de 15 ans ont donc accumulé quasiment un an de retard en sciences, un an et demi en lecture et presque trois ans de retard en mathématiques.
Plus inquiétante encore ici est la tendance : une accélération nette de la baisse de niveau. Alors que sur la décennie 2003-2012 la moyenne de la baisse était de 1,8 point par an, depuis 2018 et l’arrivée au pouvoir de Macron, l’accélération est vertigineuse, à 5,3 points par an.
Et même si des pays comme l'Allemagne, l'Autriche ou la Suède enregistrent également des baisses historiques, principalement depuis 2022, aucun pays de l'Union européenne (UE) n’atteint une telle chute, aussi ancrée et aussi continue, et encore moins une telle accélération.
Bref, une autre belle réussite de Macron dans la destruction de la France.
La question est donc de comprendre pourquoi et comment en France, l’éducation s’est muée en ce que certains appellent une « fabrique du crétin ».
Les causes sont multiples bien entendu. La plus ancrée, car la plus ancienne, est ce que l’on appelle le « pédagogisme ». Une tendance directement héritée de l’esprit de mai 68, et qui considère, en gros, l’élève comme l’égal du professeur et le savoir comme quelque chose qu’il faut deviner et trouver de soi-même plutôt que de le recevoir sous forme de transmission verticale du maître à l’élève. L’exemple type, en lecture, est la fameuse « méthode globale », où l’élève devine les mots plutôt qu’il ne les déchiffre avec le b.a.-ba traditionnel. Résultat, 10,5 % des Français (3,7 millions de personnes) sont en situation d’illettrisme d’après les chiffres officiels de 2025. On « apprend à apprendre » plutôt qu’on ne reçoit un savoir, méthode considérée comme agressive et autoritaire. La conséquence, on l’a vu, trois ans de retard en mathématiques.
Le corollaire direct du « pédagogisme », et issu de la même philosophie, est « l’égalitarisme ». Une dérive parfaitement incarnée en France par le « collège unique ». Cela consiste en gros à maintenir de force pendant quatre ans toute une classe d’âge de Français dans le même collège, avec les mêmes programmes, et donc le même niveau. L’absence totale et idéologique de parcours adaptés (notamment vers l’apprentissage, vu avec mépris) amène donc systématiquement à un nivellement par le bas. Mettre un mauvais élève dans une bonne classe (une pratique courante en France) ne fera pas monter le niveau de l’élève en question, il fera à l’inverse systématiquement baisser le niveau des élèves les plus fragiles et les plus influençables, et amènera à une chute globale des résultats du groupe. On empêche à la fois les meilleurs de progresser, et les moins talentueux de trouver la voie dans laquelle ils pourraient réellement s’épanouir, et qui n’est pas systématiquement l’enseignement académique classique vendu par le système comme une panacée. Le mépris injustifié, mais profondément ancré, contre l’apprentissage et l’enseignement professionnel, vus comme des voies de garage, sont ici lourd de conséquences.
On en arrive ici à l’autre nœud du problème, que sont les enseignants eux-mêmes. « Pédagogisme » et « égalitarisme » sont en effet profondément ancrés dans les esprits, et beaucoup choisissent ce métier bercés par ces illusions.
Il faut être franc, qui d’autre choisirait un métier nécessitant jusqu’à cinq ans d’études pour gagner à peine plus que le SMIC ? Les fameuses vacances ne compensent pas tout, encore moins les rapports conflictuels avec les parents, avec l’administration qui ne les défend pas (le fameux « pas de vague »), particulièrement en cas d’agression physique ou verbale par les parents, voire de plus en plus régulièrement par les élèves eux-mêmes.
Les sources ministérielles admettent 911 agressions en 2023, en hausse de 25 % par rapport à 2022. Les sources syndicales relèvent elles 1 600 cas pour la même année et une hausse de 136 % entre 2016 et 2023 (UNSA) et jusqu’à 2 500 cas pour 2024-25 (ASL). Au total, un enseignant français sur deux sera victime d’au moins une agression au cours de sa carrière (Ifop, 2021).
Parlons argent maintenant, d’après l’OCDE, un enseignant français avec 15 ans d'ancienneté gagne en moyenne 53 100 dollars (parité de pouvoir d'achat, PPA) par an. La moyenne OCDE est de 63 900 dollars. Au Luxembourg, le même enseignant gagnerait 137 400 dollars.
En France toujours, un enseignant dans le primaire gagne 26 % de moins qu’un autre diplômé du supérieur, 18 % pour un professeur du secondaire. Sans compter qu’il faut en moyenne 35 ans de carrière pour atteindre le haut de la grille salariale (25 ans en moyenne dans l’OCDE).
Le résultat, ce sont des concours au rabais, où dans certaines matières (en premier lieu scientifiques) il y a plus de postes que de candidats. On devient prof soit parce qu’on ne peut pas faire autrement, soit parce qu’on est un véritable croyant dans le sacro-saint « pédagogisme », le reste est comblé par des emplois contractuels précaires, qui, s’ils n’augurent pas forcément d’une moins bonne adaptation au métier, signifient encore moins de formation et encore plus d’improvisation. Bref, rien ne va.
Et bien entendu, l’ensemble de ces facteurs, et la baisse de niveau drastique qui en découle, ont des conséquences graves, particulièrement dans un monde en pleine transformation comme le nôtre.
Si l’on se focalise par exemple sur le nombre d’ingénieurs formés chaque année (un bon indicateur de développement économique et technologique futur d’un pays), la France forme en moyenne 673 ingénieurs par an et par million d’habitants, quand la Russie en forme 1 654 et l’Iran 2 489. D’après le document officiel « France Ingénierie 2030 », cela représente un déficit de formation de près de 13 500 ingénieurs français par an par rapport aux besoins du pays.
Et comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, si la situation particulière de la France est particulièrement dramatique, elle est loin d’être isolée en Europe. Le problème est global.
Le « Rapport Draghi sur la Compétitivité Européenne » (2024) avance une moyenne dans l’UE de 850 nouveaux ingénieurs par an et par million d’habitants. C’est plus que la France, mais cela reste deux fois moins que la Russie. Le rapport l’admet d’ailleurs clairement, l'UE est entrée dans une « décennie critique » pour son avenir économique, minée par un « déficit chronique d'ingénieurs ». À la vue des tendances relevées dans cet article, on sait déjà ce qu’il en sera, sans surprise, la chute ne va aller qu’en s’accélérant.
Si beaucoup des notions évoquées ici sont familières à nos lecteurs français et européens, il est toujours utile de mettre en avant les résultats concrets des ravages du « pédagogisme » et de « l’égalitarisme » en matière d’enseignement scolaire. Particulièrement pour tous les lecteurs francophones d’autres continents, où souvent l’enseignement a encore la chance d’être « traditionnel ».
Dans ce domaine comme dans tant d’autres, l’Occident, et à fortiori l’Europe, sont un modèle à fuir, et toute tentative d’entrisme de ces méthodes nocives, via ONG et autres coopérations, doit être regardée avec la plus grande hostilité. Car les résultats sont visibles : une chute accélérée de l’Europe et aucun horizon positif.
Moralité, dans le domaine éducatif comme dans tant d’autres, l’avenir appartient définitivement à ceux qui feront résolument le choix des valeurs traditionnelles.
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