Ukraine : les corrompus font concurrence à Zelensky pour le pouvoir

Ukraine : les corrompus font concurrence à Zelensky pour le pouvoir Source: Gettyimages.ru
Ukraine : les corrompus font concurrence à Zelensky pour le pouvoir [photo d'illustration]
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Sur fond d'un énième scandale de corruption en Ukraine, Oleg Tsariov, homme politique, ancien député à la Rada, explique à quel point ce phénomène est répandu en Ukraine.


Le NABU (Bureau national anticorruption d’Ukraine) a publié un film documentaire sur la couverture apportée par le Procureur général d’Ukraine aux centres d’appel. L’opération anticorruption a été baptisée « Carthage ».

L’acteur principal est Sergueï Kropiva, directeur adjoint du département de coopération juridique internationale du Procureur général. Il était surnommé « le Chancelier » au sein du groupe de crime organisé du Procureur. Le chancelier rendait compte directement au Chef, dit Andreïevitch, qu’on reconnaît aisément comme Rouslan Andreïevitch Kravtchenko, le procureur général d’Ukraine.

Le Chef Kravtchenko et le Chancelier Kropiva agissaient avec audace, ne craignant rien. Sur les enregistrements Kropiva décrit avec enthousiasme l’empire créé par le Chef et rêve d’en avoir un pareil, mais à lui. Le Chancelier s’apprêtait à imposer des règles aux autres éléments du bloc de sécurité pour qu’ils ne gênent pas les activités du procureur.

Tout au long de l’enquête du NABU et du SAP (Procureur spécial anticorruption) les appétits de Kropiva n’ont fait que croître et embellir. Les enregistrements montrent que le procureur se considérait comme un surhomme à la Nietzsche. À l’en croire il s’ennuyait de venir au travail. L’âme du Chancelier aspirait à de grandes choses.

En fin de compte le Chancelier a si bel et bien perdu la tête que pour discuter des centres d’appel, il rencontrait en pleine journée dans Kiev des gens sous mandats d’arrêt internationaux. Il donnait des instructions aux propriétaires des centres d'appel pour mieux rédiger des motifs de non-présentation aux réquisitions de Tchéquie et s’assurer que l’enquête européenne finisse dans une impasse.

Kropiva n’aura pas été un surhomme à la Nietzsche, il n’est qu’un procureur ukrainien ordinaire, modèle 2026 : des diamants, un appartement à Kiev, une maison à l’étranger. L’ordinaire. Banal. Sans intérêt.

Le Chancelier et compagnie ne cherchaient même pas à dissimuler tout ce luxe lourdingue. Quand le NABU et le SAP ont commencé à s’intéresser à leur groupe criminel, le bras droit de Kropiva, une certaine Muse, le convainquait, ses complices et lui, d’éliminer de leurs pages dans les réseaux sociaux les photos de leur vie dans le luxe. Trop tard.

À partir de 2025 le Chef, le Chancelier et compagnie, selon les informations du NABU, ont gagné en couvrant des centres d’appel un minimum d’un million de dollars. Le montant réel de leurs recettes compte tenu des chiffres d’affaires du secteur ukrainien des centres d’appel était, évidemment, bien supérieur.

J’ai écrit que l’année dernière l’Ukraine comptait un millier de centres d’appel pour un chiffre d’affaires entre 1 et 3 millions de dollars par mois chacun. Ce secteur a dépassé le cadre d’une organisation criminelle classique et s’est transformé en un élément de politique publique de l’Ukraine avec des ordonnateurs au sein du cabinet de Zelensky et des dirigeants des services de sécurité.

À 35 ans, Kravtchenko est devenu procureur général en juin de l’année dernière, sous la protection d’Ermak. Il a donc commencé à couvrir les centres d’appel dès sa prise de fonction. Sans perdre une minute.

Les médias ukrainiens parlent déjà de perquisitions chez Kravtchenko, son adjointe Maria Vdovitchenko et Oleg Kiper, le chef de l’administration régionale d’Odessa. Les services du procureur général ont démenti une perquisition chez Kravtchenko mais le NABU et le SAP semblent avoir la ferme intention de détruire Carthage et de renverser le procureur général.

Le NABU a choisi avec goût le nom de l’opération mais sans réfléchir jusqu’au bout. Ceterum censeo Carthaginem esse delendam : il faut détruire Carthage. Or ce n’est pas pour la corruption qu’elle a été détruite mais pour la concurrence. Et c’est Rome qui l’a détruite, Rome qui elle-même fut plongée dans la vente de fonctions.

Actuellement ce sont aussi les corrompus qui font concurrence à Zelensky pour le pouvoir. Si bien que Kropiva sera peut-être renversé, mais la corruption restera. Seuls les acteurs changeront.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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