Sujets du bac : le gouvernement organise la baisse de niveau

Sujets du bac : le gouvernement organise la baisse de niveau Source: Gettyimages.ru
Sujets du bac : le gouvernement organise la baisse de niveau [photo d'illustration]
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La controverse autour de la facilité des sujets anticipés du bac de mathématiques remet en lumière la responsabilité du gouvernement dans la baisse du niveau scolaire en France. De plus en plus de diplômés, mais de moins en moins compétents : Alexandre Regnaud décrypte les ressorts de ce paradoxe.

La polémique en France à la sortie des épreuves anticipées de mathématiques du baccalauréat la semaine dernière ne dégonfle pas sur les réseaux sociaux. Il faut dire que certains commentaires d’élèves, notamment rapportés par Le Figaro ou RTL, ont de quoi surprendre : « C’était trop simple », « C’est limite affligeant, parce que ce n’est vraiment pas à notre niveau », « Avec un niveau aussi bas, ça n’aura aucune valeur sur Parcoursup », etc.

Comment des élèves peuvent-ils trouver un examen tellement simple qu’ils s’en sentent eux-mêmes insultés, alors que le gouvernement prétend au contraire lutter contre la baisse du niveau que confirment toutes les études ? C’est la magie du « en même temps » macroniste, qu’il nous faut justement analyser.

« Le niveau baisse », une rengaine que l’on entend depuis des années et qui n’est pas, malheureusement, qu’un simple réflexe de « vieux con ». Les chiffres sont clairement là pour le confirmer.

Les plus fiables, car ils permettent un suivi, sont ceux des enquêtes PISA, réalisées tous les trois à quatre ans dans tous les pays de l’OCDE. Et le constat est sans appel.

Si l’on compare les derniers chiffres disponibles, ceux de 2022, avec ceux de l’an 2000, on note une baisse de 43 points en mathématiques, de 31 points en compréhension écrite et de 13 points en culture scientifique. Un effondrement par ailleurs en très nette accélération depuis la précédente étude, réalisée en 2018, avec une chute trois fois supérieure à la moyenne de l’OCDE.

Une tendance confirmée pour l’ensemble du système scolaire français par l’enquête TIMSS de l’Union européenne de 2023, où, pour les mathématiques et les sciences, la France se classe dernière au niveau du CM1 et avant-dernière au niveau de la 4e.

Pour finir, une étude de la DEPP d'avril 2026, relayée par TF1, indique que la proportion d'élèves considérés comme « en difficulté » ne cesse d'augmenter, atteignant 25 % en 2024, contre 22 % en 2018 et seulement 15 % en 2013.

Et pourtant, le taux de réussite au bac bat des records d’année en année, à 91,8 % en 2025. Il faut dire qu’on est loin des sujets qu’affrontait au cinéma Daniel Auteuil dans « Les Sous-doués » en 1980 et qu’il faut quasiment le faire exprès aujourd’hui pour ne pas avoir son « bachot ». Un diplôme qui n’a donc absolument aucune valeur.

Un brin provocateur, on pourrait dire qu’en termes de niveau de connaissance, et donc de sélection, la nouvelle frontière s’est déplacée à bac + 3. Ce qui explique que l’on n’observe pas d’augmentation du niveau de compétence générale dans la société, voire même une régression, alors que la part annuelle des diplômes de l’enseignement supérieur a plus que triplé en 40 ans.

Un paradoxe qui n’est qu’apparent et qu’illustre parfaitement la méthode Macron pour la réforme du baccalauréat, dont se targue actuellement son ministre de l’Éducation en prétendant « rehausser le niveau du diplôme ».

Ainsi, le seuil pour accéder aux épreuves de rattrapage a été relevé de 8/20 à 9,5/20 et le nombre de points bonus que le jury peut ajouter à la moyenne générale est désormais plafonné à 0,5.

Oui, mais voilà, « en même temps », face à ce durcissement de bon sens, on propose aux élèves des sujets tellement faciles qu’ils en annulent immédiatement tous les effets. Les 2 points de différence dont nous venons de parler sont largement compensés par des sujets indigents, et le taux de réussite global reste le même. On fait semblant d’avoir durci pour satisfaire une partie de l’électorat, mais on s’arrange pour que cela ne change rien afin de ne pas s’en aliéner une autre. Et pendant ce temps, le niveau continuera de baisser, parce que rien de ce qui doit être fait, à commencer par établir les bons constats, n’est jamais mis en place.

Et on en arrive aux questions qui fâchent… Une société fonctionnelle a-t-elle réellement besoin d’un pourcentage aussi important d’une classe d’âge avec un master en sociologie du genre (au hasard) ? Ou d’une formation à bac + 3 pour être assistant de gestion quand un BTS était largement suffisant il y a encore 20 ans ? Un phénomène appelé « inflation des diplômes », et dont l’OCDE souligne dans son rapport Regards sur l’éducation 2025 qu’il est plus que problématique, car de plus en plus souvent, « diplôme ne veut pas toujours dire compétences ».

Et le mal est même double, puisque cette obligation d’obtenir un diplôme, pourtant sans valeur, pour entrer sur le marché du travail maintient aussi plus longtemps dans le système scolaire général, puis universitaire, des élèves qui n’y sont pas à leur place, contribuant directement à cette baisse générale du niveau déjà constatée, en ce qu’ils tirent immanquablement l’ensemble vers le bas.

Des allongements d’études inutiles donc, qui n’apportent paradoxalement pas davantage de compétences, clairement moins que l’expérience concrète, et qui, il faut aussi le rappeler, ont pourtant un coût ! Un coût concret pour les finances publiques puisque, selon le ministère de l’Éducation nationale, la dépense moyenne pour former un étudiant dans l’enseignement supérieur en France en 2023 était de 13 060 euros par an.

Et pourtant, même si l’on ne s’en étonne pas réellement, le gouvernement Macron continue dans l’erreur, alors même que le problème est connu et reconnu. Il faut dire, à leur décharge, qu’il n’y a pas que le niveau scolaire qui baisse : celui des politiciens aussi. Après tout, les élites produisent rarement une école très différente d’elles-mêmes.

Pour en prendre pleinement conscience, faites une petite expérience amusante : retrouvez en ligne (il y en a beaucoup) un best of des débats d’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, depuis la première édition en 1974 jusqu’au dernier en 2022. Langage, posture, rapport à l’adversaire, sans parler des argumentaires et des idées… Je vous assure que le choc de la prise de conscience de la dégradation sera plus brutal que vous ne le pensez.

On ne s’étonnera pas alors que l’on envisage sérieusement comme présidentiables d’envergure dans ce pays deux trentenaires, dont l’un a falsifié une partie de son cursus et dont l’autre n’a même pas validé sa deuxième année d’études et n’a absolument aucune expérience professionnelle réelle, ce qui aurait au moins pu compenser facilement le premier facteur.

De quoi en conclure que si le monde politique français est finalement le seul où l’inflation des diplômes ne s’applique pas… au moins suit-il la tendance générale de la baisse du niveau.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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