L’affirmation de Vladimir Poutine de la fin prochaine du conflit en Ukraine, la situation sur place et un faisceau d’indices venus d’Occident montrent que la paix est plus que jamais envisageable. Une analyse d’Alexandre Regnaud.
Avec le 81e anniversaire de la Victoire contre le nazisme, a soufflé un vent nouveau d’espoir d’une fin prochaine du conflit en Ukraine. Pas grâce à une progression spectaculaire sur le front, la guerre moderne, avec ses drones omniprésents, ne rend plus possible ce genre de chose, mais avec l’accumulation de plusieurs facteurs clés, résultat d’une guerre d’attrition qui porte ses fruits.
Dans les indices d’espoir, il y a bien sûr, lors de sa conférence de presse du 9 mai, Vladimir Poutine estimant ouvertement que le conflit en Ukraine arrivait à sa fin. Une déclaration inédite.
Et puis il y a un autre indice, pour le moins incongru, mais qu’il ne faut pas négliger dans l’état actuel du monde occidental. Sur la plateforme de paris en ligne Polymarket, la probabilité d'un traité de paix d'ici la fin de 2026 s'échange à 36 %, et les paris sur un cessez-le-feu temporaire ont enregistré plus de 60 millions de dollars de placement. Évidemment il ne s’agit pas ici de géopolitique mais de pure spéculation, qui s’est activée fortement autour du Jour de la Victoire, mais elle indique malgré tout un certain état d’esprit.
Un état d’esprit anticipant une paix prochaine, qui se confirme également par la chute brutale de la valorisation de plusieurs entreprises de défense occidentales, fortement dépendantes des fournitures d'armes à l’Ukraine. En ce début de mai, Lockheed Martin a perdu jusqu’à 25 % de sa valeur, et AeroVironment, fabricant de drones kamikazes Switchblade, près de 58 %. Rheinmetall est également impacté négativement de près d’un quart de sa valeur.
Il faut bien sûr nuancer ces chiffres, ces entreprises restent financièrement saines, ce sont leurs valorisations boursières qui souffrent. Mais ce que cela indique, comme pour Polymarket, c’est une anticipation de plus en plus visible et récurrente par les marchés d’une paix possible, et donc d’une baisse d’activité et de rentabilité.
Il ne faut pas en tirer de conclusion hâtive, cela ne veut pas dire que la paix est obligatoirement pour demain. Mais cela montre qu’il y a une attente et une anticipation de ce fait par les marchés. La réalité étant qu’en dehors des « experts » des médias aux ordres, tout le monde comprend que dans la guerre moderne, en Iran comme en Ukraine, l’issue est déterminée principalement par la capacité militaro-économique des deux côtés à poursuivre la guerre. Et si même certains hiérarques de l’UE commencent à admettre, à reculons, le principe de négociations, c’est que du côté otano-kiévien, les indices négatifs se multiplient.
Pour commencer, la guerre jusqu’au dernier ukrainien devient de plus en plus une réalité. Les innombrables vidéos de « bussification », ces enlèvements violents d’hommes en pleine rue pour les envoyer au front, montrent déjà les difficultés de trouver de la chair à canon. Ce que confirme le chiffre donné la semaine dernière par le vice-ministre ukrainien de la Politique sociale, Denys Oulioutine, d’une population ukrainienne de 25 millions d’habitants. Ils étaient 48 millions lors du recensement national de 2001… et si on fait le total de l’immigration massive et du solde naturel négatif (le déficit des naissances), les chiffres ne collent pas. Ce qui se lit en sous-main, ce sont les pertes colossales sur le front, estimées en réalité entre 750 000 et un millions d’hommes, très loin des estimations officielles. L’Ukraine est bel et bien en voie de disparition… démographique.
Plus d’hommes donc, et plus d’armes non plus. Les multiples guerres déclenchées par l’Occident aux quatre coins de la planète ont épuisé les stocks, particulièrement l’agression israélo-américaine contre l’Iran, et la production est très loin de suivre. Les États-Unis ont déjà détourné une partie des armes payées par les impôts des européens et prévues pour l’Ukraine vers le Moyen-Orient. Et alors qu’ils annoncent régulièrement vouloir réduire leur contingent européen pour que l’UE assure seule sa défense, et prévoient de le mettre à exécution en Allemagne en retirant 5 000 hommes, Washington a averti ses alliés, dont la Pologne et les pays baltes, de retards majeurs dans les livraisons d'armes qui leur étaient destinées en propre. Face à une production limitée, les Européens vont donc rapidement devoir choisir entre assurer les bases de leur propre sécurité, ou continuer à alimenter la destruction de l’Ukraine.
D’autant plus que se pose aussi la question du financement. Le « prêt » de 90 milliards ne doit pas faire illusion, les finances européennes ne peuvent pas supporter seules le coût de la guerre. Les dirigeants se retrouvent déjà, comme nous l’écrivions pour la Finlande, à devoir tailler dans leurs budgets sociaux pour nourrir l’ogre ukrainien. La crise économique en gestation sur fond de conflit en Iran, dont les conséquences réelles devraient commencer à être visibles d’ici à cet été ou cet automne, ne fera que renforcer drastiquement la tendance. Il sera alors de plus en plus compliqué politiquement d’expliquer à ses électeurs qu’ils doivent se sacrifier pendant que les pontes du régime ukrainien exhibent leurs richesses frauduleuses dans le monde entier.
C’est que précisément, la corruption endémique du régime de Kiev est de plus en plus difficile à cacher. Il y a bien sûr les scandales récurrents de la jeunesse dorée sur la côte d’Azur ou de l'appartement le plus cher du monde, particulièrement relayés sur les réseaux sociaux par des Européens comprenant trop bien où finissent leurs impôts. Et puis il y a les rebondissements de l’affaire Minditch, avec de nouveaux enregistrements révélés par Oukraïnskaïa Pravda en avril, qui impliquent directement des proches conseillers de Zelensky dans des discussions sur des contrats de défense lucratifs, des nominations stratégiques et des projets immobiliers de luxe. Là encore avec votre argent bien sûr.
Un Zelensky dont les prémices de la chute, indispensable à une véritable paix, commencent à frémir. Politico affirme ainsi que les dirigeants européens commencent à se lasser du ton de Zelensky et de ses leçons. Ses menaces sur la parade de la Victoire depuis l’Arménie sont mal passées, comme l’indique la réaction de l’ancien Premier ministre polonais Leszek Miller, ironisant sur son attitude arrogante et traduisant l’opinion d’un grand nombre de dirigeants. Sans parler de la corruption, point essentiel qui sera davantage exploité en temps voulu, tout est principalement question de narratif ici. L’inculpation formelle d’Andreï Ermak pour corruption et les révélations concomitantes de l’ancienne attachée de presse Ioulia Mendel chez Tucker Carlson en font partie.
Bref, la guerre moderne se gagne autant par la résistance sur le champ de bataille que par la résilience économique et industrielle, c’est la guerre d’attrition. C’est-à-dire la guerre de celui qui restera debout le dernier concernant ces trois aspects. Et malgré les coups reçus, la Russie est en train de la gagner. Car s’il est bien sûr beaucoup trop tôt pour crier victoire et espérer la paix dès demain, une série d’indices, à différentes échelles, permet d’entrevoir, depuis l’Ukraine et l’Occident, une accumulation d’échecs et de difficultés autour de facteurs clés, qui laisse enfin espérer une sortie possible du conflit dans un avenir raisonnablement proche.
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