Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Russie : plus envie de croire en la bonne volonté américaine

Russie : plus envie de croire en la bonne volonté américaine Source: Sputnik
Le président russe Vladimir Poutine. [Photo d'illustration]
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La Russie durcit le ton face aux États-Unis, alors que «l’esprit d’Anchorage» rejoint petit à petit celui de Minsk. Pour Karine Bechet, les efforts de paix de la Russie ne rencontrent que l’hypocrisie de l’Occident.

Après la rencontre entre les présidents américain et russe en Alaska à l’été 2025 dans la base militaire américaine d’Anchorage, un espoir de détente s’est fait sentir dans certains milieux. Trump ne cessait de parler de paix, Poutine espérait trouver en lui un homme d’État capable de faire passer l’intérêt général du monde de revenir à des relations inter-étatiques pacifiées au-dessus de l’intérêt guerrier des Atlantistes.

Mais comme l’a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères dans une récente interview à TV BRICS, les États-Unis renoncent à « l’esprit d’Anchorage » et à la normalisation de la collaboration avec la Russie : « Pour l’instant, dans les faits, tout semble aller à l’inverse : de nouvelles sanctions sont imposées, une « guerre » est menée contre les pétroliers en haute mer, en violation de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. On tente d’empêcher l’Inde et nos autres partenaires d’acheter de l’énergie russe bon marché et facilement accessible (l’Europe est exclue depuis longtemps) et on les oblige à acheter du gaz naturel liquéfié américain à un prix exorbitant. ». 

Cela n’entre pas dans la logique alors affirmée d’une restauration des relations commerciales entre les deux pays. Ce qui, selon Lavrov, avait fortement surpris Poutine : « Les sanctions sont toujours en vigueur. De plus, pour la première fois, de nouvelles sanctions, très sévères, ont été imposées à nos deux plus grandes compagnies pétrolières, Lukoil et Rosneft. Cela s'est produit quelques semaines après la réunion d'Anchorage. Le président [de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine] a été surpris. »

Sur la question ukrainienne, l’évolution est la même. Alors qu’un accord de principe avait été trouvé entre les deux présidents, aucune avancée réelle, aucune stabilité dans la parole donnée n’en ont découlé, et les Européens modifient, avec les Américains, les exigences en permanence : « Et ils sont encore en train de le "retravailler". Quand nos collègues américains passent nous voir, on a l'impression qu'ils veulent encore des concessions de notre part. ».

Comment collaborer, lorsque les accords atteints sont remis en cause avant même d’être ratifiés ? Cela est impossible.

La Russie, par exemple, n’était pas a priori contre une participation au Conseil de paix de Trump. En tout cas, avec l’utilisation des actifs gelés aux États-Unis et pour la reconstruction de Gaza. Mais aucune réponse n’a été apportée en ce qui concerne les actifs et in fine ce Conseil prétend à une compétence universelle, qui n’a plus rien à voir avec la version initiale.

La Russie, ainsi que la Biélorussie, ont donc écarté leur participation à la première réunion. Moscou continue à examiner la question de sa participation, puisque le changement du champ d’action de ce Conseil soulève beaucoup de questions. Comme l’a déclaré Lavrov : « Nous réévaluons actuellement notre approche du Conseil de paix, compte tenu des réticences de nombreux pays occidentaux et orientaux, y compris des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, face à cette idée. » 

La Russie n’a aucune illusion : Trump tente de reconfigurer avec ce Conseil de paix les mécanismes de la diplomatie internationale, afin de se créer un instrument sur mesure. Et il a besoin de la Russie. Non pas pour réellement coopérer et pouvoir régler sur le fond les problèmes internationaux (le Conseil de paix n’apporte rien en la matière), mais simplement, comme le souligne à juste titre le représentant de la Russie à l’ONU, Vassili Nebenzia, pour légitimer et renforcer le poids de cette organisation créée par Trump personnellement.

Et nous en revenons toujours à la même question : quelle « paix » les Américains veulent-ils ? La Pax Americana. Rien manifestement n’a changé.

Mais la configuration internationale change. Le monde unipolaire, celui de la Globalisation, est remis en cause et pas uniquement par la Russie. Les États-Unis ont besoin de reprendre en main le processus en cours afin de déterminer ce nouveau Monde, qui lui succèdera inévitablement. Ce que par ailleurs affirme ouvertement le Secrétaire d’État américain Marco Rubio à la Conférence de Munich : « Le monde change à une vitesse fulgurante sous nos yeux. L’ancien monde a disparu (...) et nous vivons une nouvelle ère géopolitique ». Pour lui, cela implique de réévaluer les relations entre les États et le rôle que les États-Unis y joueront. 

Interpréter ces paroles comme la reconnaissance d’un Monde multipolaire serait assez naïf. Nous restons dans la logique de la gouvernance américano-centrée, une réalité persistante au-delà des déclarations floues. Ainsi, alors que les États-Unis entretiennent une position très floue sur la question de la limitation des armes nucléaires, il se préparent à entreposer des missiles de longue portée en Allemagne. Le ministère russe des Affaires étrangères a rappelé fermement, que la Russie développerait alors aussi ses capacités militaires dans la zone. Le contrôle américain de l’Europe et son instrumentalisation ne sont aucunement remis en cause.

Et contre qui ces missiles seraient-ils entreposés ? Contre la Russie, qui selon la Doctrine américaine de Défense nationale, ne représente pourtant pas un danger pour les États-Unis, mais pour le flanc oriental de l’OTAN. Or, l’OTAN est bien l’instrument des États-Unis, d’où ce renforcement militaire américain en Allemagne. 

Ce qui met également court à l’idée d’un retour au Monde des nations en Europe sous l’impulsion américaine. Anchorage est mort-né. C’est un des fantômes de plus de la diplomatie américaine – et atlantiste. 

Or, la Russie semble ne plus avoir très envie de faire semblant de croire en la bonne volonté américaine. Et c’est bien ce tournant, qui pourra avoir une influence directe sur la construction du « Monde d’après ». 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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