Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Ukraine : la fin du conflit est-elle vraiment proche ?

Ukraine : la fin du conflit est-elle vraiment proche ?
Ukraine : la fin du conflit est-elle vraiment proche ? [image d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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Selon les médias atlantistes, les pourparlers d’Abu Dhabi se seraient soldés par une impasse. Pour Karine Bechet, ils n’en sont pas sortis, puisque ni les États-Unis ni la Russie ne peuvent objectivement trouver un compromis sur les questions du territoire, ni des «garanties de sécurité».

Le second tour des négociations d’Abou Dhabi entre d’une part la Russie, et d’autre part les États-Unis et l’Ukraine, devait se tenir le 1er février. Sur demande insistante de Donald Trump, la Russie a alors accepté de cesser pour des raisons humanitaires en raison du froid les tirs sur Kiev pendant une semaine, justement jusqu’au 1er février, afin de créer ces fameuses « conditions favorables de négociation ». 

Les conditions furent tellement favorables que l’Ukraine a exigé de déplacer la date de la rencontre aux 4 et 5 février, ce qui a permis aux médias occidentaux de parler de la « rupture » de la trêve par la Russie, en raison de la reprise des tirs ... le 2 février. De son côté, le Secrétaire général de l’OTAN, justement en voyage à Kiev à cette période, a pu tweeter le 3 février : « Lors de ma visite à Kiev aujourd'hui, j'ai vu une centrale de chauffage civile visée par des missiles russes. Aucune importance militaire, ces attaques n'avaient d'autre but que de faire souffrir la population. Mais l'Ukraine reste forte. Et l'OTAN est à vos côtés. ». 

Bref, comme d’habitude, les conditions sont excellentes pour les négociations et nous sentons l’empressement de l’Occident dans son ensemble pour la paix.

Finalement, le second tour s’est bien tenu les 4 et 5 février et pour l’essentiel, les parties ont trouvé un accord sur un échange de 157 prisonniers de chaque côté, ainsi que les discussions entre les Américains et les Russes ont permis de reporter de 6 mois la validité du traité START III sur le contrôle des armements, en attendant que les deux pays ne puissent en négocier un nouveau.

Mais en ce qui concerne le règlement diplomatique du conflit entre les Atlantistes et la Russie sur le front ukrainien... rien de sensible. Selon les Américains, une prochaine rencontre devrait avoir lieu dans les semaines à venir.

Plus personne ne prend au sérieux les déclarations grandiloquentes de Trump lui-même, ainsi que de son équipe sur les avancées certaines, sur leur caractère productif et, évidemment, sur la fin proche du conflit. Même les médias occidentaux et ukrainiens n’y prêtent plus attention, pour déclarer laconiquement que les pourparlers sont dans l’impasse, puisque ni la question territoriale, ni celle des conditions de sécurité ne peuvent être tranchées.

Et, objectivement, tel est le cas.

Comme nous l’avons régulièrement écrit, la question territoriale est fondamentale, puisque le territoire est en soi un élément stratégique du conflit. Le monde dit global ne peut reculer, il ne peut qu’avancer. C’est d’ailleurs pour cela que le Secrétaire de l’ONU refuse de reconnaître aux peuples du Donbass et de Crimée le droit à l’autodétermination, à l’inverse du Groenland, et ce en violation des principes du droit international.

L’autre point sur lequel un compromis est impossible est celui des garanties de sécurité. Et justement ces garanties rejoignent la question du territoire et de son contrôle (politique, institutionnel, militaire).

Si l’on en croit Mark Rutte, le Secrétaire général de l’OTAN (et l’OTAN, comme le déclare Trump lui-même dépend totalement des États-Unis), ces garanties seraient organisées en trois échelons.

Le premier échelon est celui de l’armée ukrainienne, qui doit dans la rhétorique occidentale, être la première ligne de « défense » en cas « d’agression » russe. N’oubliez pas, l’Ukraine sauve l’Europe, Amen ! On en revient à l’importance, notamment en hommes, de cette armée. L’armée ukrainienne a été détruite à l’été 2022 dans sa dimension « ukrainienne », désormais elle est une annexe de l’OTAN. Or, prévoir une armée de 600 à 800 000 hommes, c’est-à-dire au moins deux fois plus qu’au début de l’Opération militaire spéciale, revient à choisir la voie de la militarisation de l’Ukraine. Ainsi, l’OTAN et l’UE auront un contingent humain à utiliser contre la Russie. Cette première condition est donc, évidemment, rejetée par la Russie.

Le second échelon est celui d’une présence militaire en Ukraine de pays de l’OTAN, ceux de la « coalition des volontaires », lancée par la France et la Grande-Bretagne. Ils ne seront pas nombreux, mais justement, si l’armée ukrainienne est « dopée », une poignée sera suffisante. La Russie répète régulièrement refuser toute présence de pays de l’OTAN sur le territoire ukrainien après la fin du conflit et que s’ils arrivent, ils deviendront des cibles légitimes.

Ce qui n’empêche pas le Secrétaire général de l’OTAN de déclarer, qu’à peine un accord conclu avec la Russie, les forces de l’OTAN garantiront la sécurité de l’Ukraine sur terre, dans les airs et sur les mers.

Or, ici, concernant ces deux points essentiels, comment faire respecter ses intérêts sans contrôle du territoire ? Cela est justement impossible. Si les autorités russes répètent que ce qui est important, ce sont les gens et non les terres (à la différence justement des ukraino-atlantistes, qui voudraient bien les terres sans les Russes), cette déclaration n’a de sens que sur le plan humaniste. Oui, la protection de l’homme est la base, mais sans contrôle du territoire, elle est impossible à réaliser.

Le troisième échelon est le soutien apporté par les États-Unis, qui reste en formellement en retrait derrière le processus, tirent les ficelles, comme à leur habitude. Penser que les Américains sortent du conflit en Ukraine serait pécher par excès d’optimisme : « Tant qu'un accord de paix n'aura pas été conclu, Washington continuera de fournir des armes à Kiev par l'intermédiaire de l'OTAN, aussi longtemps que nécessaire pour mener des négociations. Cela inclut des armes offensives, a déclaré Matthew Whitaker, représentant permanent des États-Unis auprès de l'Alliance. ».

Donc, les États-Unis ne veulent pas la paix, ils veulent obtenir sur le front diplomatique ce qu’ils ne peuvent, dans cette configuration du conflit au sol obtenir : la défaite et la capitulation de la Russie. Les « conditions de sécurité » pour l’Ukraine sont en fait, de leur point de vue, les conditions de la défaite de la Russie.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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