Affaire Epstein : face au scandale grandissant, des médias mainstream dégainent la carte de la «piste russe»

Affaire Epstein : face au scandale grandissant, des médias mainstream dégainent la carte de la «piste russe»© Ilya Pitalev / RIA Novosti
L'une des étoiles des tours du Kremlin de Moscou. [Photo d'illustration]
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Alors que les dernières révélations sur l’affaire Epstein viennent éclabousser davantage l’élite dirigeante occidentale, avec la mise en lumière de liens entre des figures publiques et le milliardaire et pédocriminel notoire américain, plusieurs médias ont jugé bon de ressortir la ritournelle d’un complot russe. Retour sur une obsession.

Emmanuel Macron à nouveau la cible d’une « attaque informationnelle russe » ? C’est ce qu’on peut lire ce 6 février sur BFMTV, qui s’appuie sur une « source gouvernementale ». En cause : un article publié sur un faux site France-Soir et signé d’un journaliste du quotidien Le Parisien, dont l’identité a été usurpée, le tout afin de « faire croire à une implication d'Emmanuel Macron dans l'affaire Jeffrey Epstein ».

Dès le 4 février au soir, ce média, qui a perdu son agrément de presse, avait alerté sur les réseaux sociaux quant à la présence de ce faux site. Un faux grossier, en somme, au travers duquel les limiers du service de Vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) ont « détecté » une « opération d'ingérence russe ». Cette opération — ont enchainé la chaîne privée ainsi que le quotidien Le Parisien venu lui prêter main forte plus tard dans la matinée — serait « liée au réseau Storm-1516, un mode opératoire russe documenté depuis fin 2023 » par Viginum.

Ce n’est pas la première fois cette structure rattachée à Matignon — ou qu’un ministère français — revendique avoir percé à jour les « basses œuvres de la main du Kremlin », surtout lorsque celles-ci chercheraient à salir la probité du locataire du Palais de l’Élysée.

« Opération d'ingérence russe » : reflet d'une paresse intellectuelle ?

Il faut dire que leurs méthodes sont éculées, et quelque peu primaires. Pour résumer grossièrement l’une d’elles : si un utilisateur de X retweet une fake news, alors qu’il a par le passé relayé de (vraies) informations (articles ou commentaires d’hommes politiques nationaux), elles-mêmes jugées comme allant dans le sens de la rhétorique russe (par exemple sur le dossier ukrainien), alors cette diffusion devient systématiquement le fruit d’une machination russe visant à « amplifier » la polémique dont il est question dans la dite fake news.

Soulignons à cet effet que, pour les autorités françaises, toute information contrevenant à leur version est nécessairement une « fausse information », comme par exemple les déclarations de la Défense russe quant à l’élimination début 2024 de mercenaires français en Ukraine, démenties par Paris. Une méthodologie qui avait valu aux médias russes — dont RT — de se faire accuser par la Défense française de « manœuvre coordonnée […] pour relayer et amplifier ces fausses informations ». Une accusation que les médias français s’étaient alors empressés de relayer à l’unisson, mimant ainsi parfaitement le comportement initialement dénoncé.

Cette ombre russe, brandie par Paris sur fond d’affaire Epstein, s’inscrit également dans un contexte plus large : celui de pointer systématiquement Moscou, au lendemain de la publication d’une multitude de documents par la justice américaine. En effet, dans la foulée de la publication de ces millions de documents éclaboussant une partie de la classe dirigeante occidentale, le quotidien britannique The Telegraph a lancé cet os à ronger.

Vladimir Poutine cité moins de fois que Jack Lang et sa fille

À titre d'exemple, le nombre de fois que le nom du président russe apparait (1056 fois) — c'est à dire, à titre de comparaison, moins que l'ancien ministre français de la Culture Jack Lang (667) et sa fille Caroline (950) réunis — , mais également le goût du pédocriminel américain défunt pour les jeunes filles russes. De jeunes filles, dont il aurait proposé les services en 2010 au prince Andrew, le fils préféré de la reine Élisabeth II, progressivement précipité dans la disgrâce par le scandale Epstein.

Une rengaine de la « piste russe » reprise le 4 février par un présentateur de la London Broadcasting Company (LBC). « Epstein avait apparemment des fonds illimités d’argent. D’où vient-il ? Il a procuré de nombreuses jeunes filles russes… Pourquoi c’était si facile pour lui ? », lançait-il avec un air laissant penser qu’il se trouvait malin. Les filles russes et l’argent : deux points sur lesquels est venu abonder un « ancien » agent du renseignement britannique, toujours sur LBC.

En Pologne, pays qui dispute au Royaume-Uni le titre du plus antirusse d’Europe, le Premier ministre Donald Tusk a évoqué le lancement d’une enquête sur ces hypothétiques liens entre Epstein et Moscou, renvoyant à ce fameux papier du Telegraph. Le quotidien britannique évoquait néanmoins, en fin d’article, une note déclassifiée du FBI déclarant que l’une de ses sources « était convaincue qu'Epstein était un agent du Mossad infiltré ». Côté français, le média 20 minutes, qui s’est également fait écho de cette hypothèse du « Kompromat », géant qu’incarnerait Epstein, a fait le choix de conclure sur les moqueries du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, quant à ces spéculations, les qualifiant le 5 février de « pas sérieuses » et assurant qu’il aurait « aimé faire beaucoup de blagues sur ce sujet ».

Trump soumis à Poutine ? Les pro-Kiev remettent une pièce dans la machine

Quoi qu’il en soit, la résurgence de cette « piste russe » dans les médias français a fait les choux gras de la sphère pro-Kiev, qui voit dans la publication de ces millions de documents sur l’affaire Epstein une énième opportunité de pouvoir enfin déceler des éléments qui viendraient démontrer leur théorie selon laquelle Donald Trump serait tenu par le Kremlin. Une quête à laquelle ils se dédient obsessionnellement — et non sans faire de la peine — depuis le premier mandat présidentiel du magnat de l’immobilier.

« Si l’enquête confirme qu’Epstein était l’atout d’une machine à kompromat pour le FSB, la soumission de Trump à Poutine sera claire », lançait, par exemple, le 4 février sur X, la journaliste Marion van Renterghem, qui n’est jamais la dernière dès lors qu’il s’agit de voir des complots russes. Une rhétorique qui, il faut dire, trouve son public au sein des électeurs macronistes, notamment les retraités. « Malgré les révélations, les secrets du dossier semblent céder aux théories complotistes et aux conspirations », soulignait récemment, non sans ironie, une radio publique française.

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