Dissuasion nucléaire : Emmanuel Macron annonce que la France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires
© Thierry Monasse Source: Gettyimages.ruLors de son discours sur l’avenir de la dissuasion nucléaire française, ce 2 mars depuis l’île Longue, le président français a annoncé l’augmentation de l’arsenal nucléaire du pays ainsi que l’arrêt de toute communication sur le nombre de têtes.
« Ma responsabilité est d’assurer que notre dissuasion conserve et qu’elle conservera à l’avenir son pouvoir de destruction assuré dans l’environnement dangereux, mouvant et proliférant que je viens de rappeler. C’est pourquoi j’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal », a annoncé ce 2 mars Emmanuel Macron depuis l’île Longue, dans la rade de Brest.
Estimant qu’un « rehaussement de notre arsenal est indispensable » et de rejeter « toute course aux armements » ou «surenchère» et réaffirmant le caractère « stratégique» - et non gradué – de l’arme nucléaire français, le locataire de l’Élysée a également annoncé que « pour couper court à toute spéculation, nous ne communiquerons plus sur le nombre de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui a pu être le cas par le passé ».
« Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun État - aussi puissant soit-il - pourrait s’y soustraire. Aucun – si vaste soit-il – ne s’en remettrait», a-t-il déclaré et d’évoquer la puissance du sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) « Le Téméraire » qui emporte en mer avec lui « prêt de mille fois la puissance des premières bombes nucléaires » et d’évoquer un « discours de puissance assumé au service de la paix ».
Invoquant une « période de rupture » qui justifierait le « durcissement de notre modèle », Emmanuel Macron a – comme à l’accoutumée – pointé du doigt la Russie qui selon lui « mène à l’Ukraine une guerre lente et cruelle » et qui constituerait « un risque majeur pour notre Europe». Une Russie qui, toujours selon le président français, « assume un révisionnisme, un impérialisme brutal et déjà forte d’un arsenal nucléaire pléthorique ne cesse de développer de nouvelles armes ».
Tensions internationales : le risque d'un franchissement nucléaire « plus tangible », estime Macron
À ce titre, Emmanuel Macron a évoqué pêlemêle les missiles hypersoniques, torpilles nucléaires «et même un projet particulièrement dangereux pour l’humanité d’armes nucléaires envoyées dans l’espace», les « ramifications » du traité d’alliance entre la Russie et la Corée du Nord ou encore la « dépendance extrême » dans laquelle elle se serait placée vis-à-vis d’une Chine qui « fabrique plus d’armes aujourd’hui que n’importe quel autre pays ». « Nous ne pouvons plus considérer les menaces de manière isolée », a-t-il estimé « car de nouveaux liens sont apparus entre elles ».
« Il y a par ailleurs une autre caractéristique de la période que nous vivons : dans l’atmosphère d’anomie actuelle, nous assistons à la fois à un renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire, mais aussi dans le même temps à une intensification de la conflictualité sous ce seuil », a par ailleurs estimé le président français évoquant des « conséquences très directes pour nous ».
« D’abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées des États possesseurs ou proliférant s’accroissent », a-t-il poursuivi et d’évoquer les « explosions de violences » en Inde, au Pakistan ainsi qu’au Proche et Moyen-Orient. Puis, à nouveau, Emmanuel Macron a évoqué la Russie, ses « comportements irresponsables » et d’évoquer notamment la « banalisation du discours sur l’arme » ou encore « des tirs de missiles » à capacité duale « comme l’orechnik, à proximité des frontières européennes ». « Tout cela est un changement majeur, qui », selon lui « rend plus tangible le risque de franchissement ».
« Dans le même temps », a-t-il poursuivi «les puissances nucléaires – comme la France - doivent aussi s’accoutumer à la possibilité de conflit majeur sous le seuil nucléaire dans leur environnement immédiat». « N’a-t-on pas vu ces derniers mois des salves de missiles tomber sur des puissances dotées ou des états possesseurs ? », a lancé Emmanuel Macron, cette fois sans nommer de pays et d’alerter quant au fait que « l’Europe pourrait un jour se trouver dans une situation similaire ».
Pour gérer « ce genre de situations avant qu’elles ne franchissent le seuil nucléaire », il faut des « capacités spécifiques » a-t-il plaidé. En l’occurrence, a-t-il égrainé en regrettant les lacunes européennes en la matière : l’« alerte avancée », la « défense aérienne élargie » et la «frappe dans la profondeur ».