Pologne : un (énième) coup d’État européiste

Pologne : un (énième) coup d’État européiste Source: Gettyimages.ru
Pologne : un (énième) coup d’état européiste [photo d'illustration]
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Passée presque inaperçue dans les médias occidentaux, une crise institutionnelle majeure secoue la Pologne. Alexandre Regnaud y voit une nouvelle tentative de coup d’État européiste, révélatrice des affrontements entre souveraineté nationale et pouvoir bruxellois.

C’est le récit d’une nuit épique. Au cœur de l’affaire, la Cour constitutionnelle polonaise (le Trybunał Konstytucyjny, ou TK), une sorte de Conseil constitutionnel doté de quelques pouvoirs supplémentaires, lesquels constituent précisément l’enjeu de cette affaire dans un pays profondément divisé entre son président, Karol Nawrocki, conservateur eurosceptique, et son Premier ministre, Donald Tusk, marionnette de Bruxelles.

Le TK est notamment chargé de trancher les conflits de compétences entre le président et le Premier ministre, mais aussi d’examiner la conformité à la Constitution des objectifs ou des activités des partis politiques. Soi-disant pour protéger la démocratie ; en réalité, pour éliminer légalement tout parti dont la ligne politique serait jugée dangereuse pour le système. Au hasard, un parti qui voudrait sortir de l’Union européenne, par exemple.

On comprend donc l’enjeu du contrôle de cette institution, dans un contexte d’opposition radicale entre les deux tendances politiques du pays, opposition incarnée jusqu’au sommet de l’État. D’autant que la Pologne traverse, comme le reste de l’Europe, une crise profonde, encore aggravée par la présence massive de « réfugiés » ukrainiens de plus en plus rejetés par la population. Un rejet d’autant plus marqué que le régime de Kiev glorifie des individus ou des organisations de la Seconde Guerre mondiale responsables de massacres massifs de civils polonais.

Cette lutte de pouvoir s’incarne donc à la fois autour du TK et en son sein. Sans entrer dans des détails juridiques complexes, disons que le Parlement, fidèle à Tusk, a nommé de nouveaux juges pour tenter de prendre le contrôle de l’institution. Des nominations que Nawrocki ne reconnaît pas, estimant que la procédure était entachée de plusieurs irrégularités. Il refuse donc de recevoir leur serment et de permettre leur entrée en fonctions, ce qui entraîne, de fait, le blocage de l’institution tout entière.

Ce qui nous amène à la nuit du 30 octobre et à la tentative de coup d’état du camp européiste.

Une juge nouvellement élue, mais non reconnue par le président, Anna Korwin-Piotrowska, a en effet annoncé qu’elle suspendait, de sa propre autorité, le président du Tribunal et son vice-président, tous deux précédemment nommés par le parti présidentiel, et qu’elle prenait la direction par intérim de l’institution, la plaçant de facto entre les mains de Tusk.

L’annonce étant faite précisément alors que le président Nawrocki était absent du pays, en route pour un voyage officiel au Sénégal, et que la police se déployait simultanément autour du bâtiment du TK, à Varsovie.

Prise de pouvoir sans aucune base légale, en l’absence physique de l’opposition et avec l’appui de la force : nous retrouvons là tous les ingrédients caractéristiques d’un coup d’État, quasiment un cas d’école.

Pourtant, cela n’a pas fonctionné comme prévu. Nawrocki a ordonné à son avion de faire demi-tour et s’est rendu personnellement au TK pour défendre l’institution, tandis que ses partisans avaient maille à partir avec les forces de l’ordre déployées sur place pour appuyer le coup d'État. À ce sujet, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux soulignent, vidéos à l’appui, qu’une partie des policiers ne portaient pas leur numéro d’identification obligatoire et semblaient ne pas comprendre le polonais. Beaucoup soupçonnent même qu’ils auraient pu venir d’Allemagne, une information qui n’a toutefois pas été vérifiée à ce jour.

Depuis, la situation demeure bloquée, tandis que les recours juridiques se multiplient de part et d’autre, laissant présager de nouveaux troubles dans les jours à venir.

Mais le problème va plus loin. Pour justifier leur coup d'État, Tusk et l’UE s’appuient sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, qui va naturellement dans leur sens, tandis que Nawrocki invoque une décision rendue en 2012 par le TK lui-même. L’enjeu véritable, comme de plus en plus souvent au sein de l’UE, réside dans la prévalence de la technocratie européenne ou de la souveraineté nationale, et donc du peuple.

Quoi qu’il en soit, face à un coup d’État manifeste, fût-il le fait d’une partie du gouvernement, on aurait pu s’attendre à une vive réaction internationale, particulièrement de l’Union européenne et de ses partisans, si prompts à se présenter comme les grands défenseurs de la démocratie sur la planète.

Mais, curieusement, rares sont les voix qui se sont élevées. Et lorsqu’elles l’ont fait, c’était principalement pour soutenir le processus. La Commission européenne, notamment, a enjoint à Nawrocki de reconnaître les juges nommés par Tusk. Les arguments sont toujours les mêmes : il ne s’agit pas d’un coup d’État, mais de « restaurer l’État de droit ». Notion magique qui est à la politique intérieure ce que le « droit international fondé sur des règles » est à la politique étrangère. Autrement dit, une notion particulièrement élastique, invoquée uniquement lorsqu’elle sert les desseins des technocrates bruxellois et de leurs sbires, notamment pour se débarrasser de leurs opposants, de plus en plus nombreux.

Beaucoup ne s’y trompent pas, et les réseaux sociaux fourmillent immédiatement de références au coup d’État précédent le plus manifeste de l’UE : l’annulation des élections en Roumanie en 2025.

Janez Janša, Premier ministre slovène, va plus loin et met directement les pieds dans le plat sur le réseau social X :

« Quand nous avons décidé d’adhérer à l’UE, personne n’imaginait qu’il serait possible, dans l’un de ses États membres ou dans l’Union en général, de faire sans conséquences :

1. Annuler les élections présidentielles (Roumanie) ;

2. Supprimer une émission d’information sur la télévision publique nationale (Hongrie) ;

3. Envoyer la police au Tribunal constitutionnel (Pologne) ;

4. Trois semaines avant les élections, envoyer en prison le président du parti qui mène dans les sondages (Slovénie) ;

5. Occuper la télévision publique nationale avec la police et remplacer la direction (Pologne) ;

6. Mettre fin aux mandats de la direction de la télévision publique nationale et procéder à une purge des employés (Slovénie) ;

7. Envoyer en prison des membres du précédent gouvernement sans possibilité de défense (Hongrie) ;

[…]

L’UE qui est née doit désormais se sauver elle-même d’elle-même ».

Un inventaire à la Prévert qui en dit long sur la réalité de « l’État de droit » et, surtout, de la démocratie dans le « jardin » européen. Et cela se voit de plus en plus. Au-delà de la dénonciation ouverte du Premier ministre slovène, la victoire de la candidate la moins europhile à la présidence de la Bulgarie, la même semaine, en est un autre symptôme. Les peuples commencent, doucement, à prendre conscience de la véritable nature de l’UE et cherchent à préserver leur souveraineté et leur liberté.

Et, en réponse, alors que des élections importantes approchent ces prochains mois dans plusieurs pays, dont la France, il convient de se poser des questions sur ce que les eurocrates mijotent déjà comme coups tordus et comme « recours à l’État de droit », version roumaine ou polonaise, pour en fausser les résultats.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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