Du Groenland au Donbass : Guterres ou Tartuffe démasqué

Du Groenland au Donbass : Guterres ou Tartuffe démasqué Source: Sputnik
Sergueï Lavrov lors de son intervention à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 2025
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Alors que le Secrétaire général de l’ONU reconnaît le droit du peuple du Groenland à l’autodétermination, il estime que ce principe ne peut avoir cours pour le Donbass ni la Crimée. Pour Karine Bechet, selon que vous vouliez être russe ou asservi dans le Monde «global», vos «droits» divergent.

Après que l’ONU a légitimé la volonté clairement exprimée par le Président Trump d’annexer, d’une manière ou d’une autre, le Groenland, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est adressé à l’ONU pour demander que, dans ce cas, le droit des peuples du Donbass et de la Crimée à l’autodétermination soit également reconnu.

Cette démarche est logique, notamment juridiquement. Le principe de l’autodétermination est en concurrence avec celui de la souveraineté des États. Si l’autodétermination n’est pas encadrée, l’instabilité étatique est telle qu’aucune gouvernance n’est alors possible. À l’inverse, si l’autodétermination est impossible, la souveraineté populaire est niée, les peuples sont alors pris en otage et les États perdent leur légitimité. C’est pourquoi, en général, le droit à l’autodétermination est reconnu comme possible soit dans le cas de l’effondrement de l’étaticité d’un pays, soit avec l’accord du pouvoir étatique.

Dans le cas de la Crimée et du Donbass, la question, en tout cas juridiquement, ne devrait poser aucun problème. Avec la Révolution orange de 2004, l’OSCE a détruit le système politique ukrainien et ébranlé l’étaticité de l’Ukraine. Ce processus de désétatisation a été achevé avec la Révolution du Maïdan, la mise sous tutelle extérieure des organes étatiques, pures carcasses vides. Toute révolution, par définition, est une rupture d’étaticité, sinon, ce n’est pas une révolution. Dans le cas de l’Ukraine, cela n’a pas abouti à la restauration de l’État mais à sa disparition juridique et politique. Donc, les peuples retrouvent logiquement leur droit à l’autodétermination. Droit qui fut utilisé par référendum dans les Républiques de Donetsk et Lougansk et en Crimée.

Mais la politique a ses raisons que le droit ne connaît pas et la réponse des « juristes » de l’ONU fut particulièrement « ajuridique ». Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré qu’à l’inverse du peuple du Groenland : « Après un examen approfondi par notre service juridique, nous avons conclu que le principe d'autodétermination est inapplicable aux situations de Crimée et du Donbass ».

La Russie est quelque peu « surprise » de cette réponse. Comme le souligne Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin : « Nous considérons ces conclusions profondément erronées du point de vue du droit international. Nous contestons ces conclusions et avons notre propre position, bien argumentée et connue de tous. ».

La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, rappelle que : « l’appréciation de l’appartenance étatique de certains territoires à un ou autre Etat n’est pas de la compétence du Secrétaire général de l’ONU ». 

De son côté, le représentant de la Russie à l’ONU, Vassili Nebenzia, souligne la partialité de l’ONU et son illégitimité à intervenir comme arbitre dans le conflit en Ukraine : « Nous apprenons ce qui se passe dans le processus de négociation par les journaux, tout comme vous. Nous n'y sommes pas impliqués, et l'ONU non plus, qui a perdu toute légitimité morale à y participer, y compris le Secrétaire général, qui prend clairement parti. »

En effet, la position de l’ONU, de ses « juristes » et du Secrétaire général n’est pas juridiquement fondée, mais purement politique ; je dirais même géopolitique et idéologique.

Le monde « global » des mondialistes ne peut pas reculer, il ne peut qu’avancer. Le départ de la Crimée et du Donbass de l’Ukraine entraîne une contraction de ce monde, ce qui serait absolument inacceptable, sous peine qu’il ne soit plus « global », donc qu’il ne soit plus. C’est pourquoi l’ONU et ses juristes de poche dénie, envers et contre toute logique juridique, le droit à l’autodétermination de ces peuples « traîtres à la globalisation » et qu’ils le reconnaissent sans sourciller au Groenland, contre la volonté du Danmark, qui est toujours formellement un État, voire antérieurement au Kosovo, où pas même un référendum n’a été organisé. 

Pour autant, cette réaction de l’ONU montre bien non seulement la partialité de cette organisation dans le conflit en Ukraine, comme le souligne à juste titre le représentant de la Russie à l’ONU, mais aussi la faillite en principe de cet organe vassalisé par les Atlantistes.

Le système des organes internationaux, dans lequel nous vivons, a été fondé à la suite de la Seconde Guerre mondiale, quand un équilibre des forces géopolitiques avait été obtenu entre le bloc de l’Est (URSS, pays de l’Est et quelques pays-amis sur d’autres continents) et le bloc de l’Ouest (les États-Unis, l’Amérique du Nord, les pays européens de l’Ouest et d’autres pays sur d’autres continents). En tout cas, ce système international s’appuyait sur un monde bipolaire, bien établi.

À la chute de l’URSS, le socle s’est effondré, le monde est devenu unipolaire, global, or le système institutionnel international est resté en place. N’ayant plus de balance des forces, le seul et unique centre de pouvoir a pris le contrôle de tout le système. C’est bien pourquoi nous voyons régulièrement transparaitre sa partialité, dès qu’un conflit existentiel apparaît entre le centre atlantiste de pouvoir et un autre pays, qui prétend à sa souveraineté. La souveraineté nationale est étrangère et incompatible avec un système global, seul le Pays-Centre peut être réellement souverain – le reste n’est que façade, vassalité et conflit. 

Le droit international fixe par des règles un certain rapport de forces. Quand celui-ci disparaît, le droit ne peut plus fonctionner normalement. Soit il faut rétablir ce rapport de forces pour rétablir le fonctionnement régulier des institutions inter-nationales (entre les nations), soit il faut changer de système.

Ici, la victoire objective et indiscutable de la Russie, qui passe non seulement par une victoire militaire, mais aussi par l’aboutissement du processus de déglobalisation intérieure, est la condition indispensable à l’instauration d’un véritable Centre de pouvoir alternatif.

Le problème fondamental, qui se pose alors, est que le Centre du Monde dit global, par définition ne peut coexister avec un autre Centre de gouvernance, puisque cela impliquerait un partage réel des zones de pouvoir (Monde multipolaire et non pas Monde global régionalisé), ce qui est incompatible avec l’essence totalitaire du Monde « global ». 

C’est bien un changement de système international et non pas une restauration de ce système, qui découlera de la guerre en Ukraine – si la Russie obtient cette victoire. Si elle s’arrête à un certain statu quo par la négociation, alors nous resterons dans un système bancal global, qui ne pourra que se radicaliser, que pousser le totalitarisme à son paroxysme. La logique du système l’impose.

En attendant, le bal des hypocrites bat son plein, car les fonctionnaires de ces institutions ne peuvent expliquer objectivement ni le fondement ni la logique de leurs décisions.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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