Les États-Unis veulent évaluer la loyauté de leurs alliés de l’OTAN
Source: Gettyimages.ruWashington demande désormais à ses alliés de l’OTAN de préciser leur soutien à la politique de Donald Trump, alors que les États-Unis envisagent de réduire leur présence militaire en Europe. Le questionnaire révélé par Bloomberg porte notamment sur l’accès aux bases, les achats d’armes américaines et les choix de défense des pays européens.
Washington a récemment envoyé aux pays membres de l’OTAN un questionnaire visant à mesurer leur soutien à la politique de Donald Trump, sur fond de possible réduction de la présence militaire américaine en Europe. Selon un article de Bloomberg, qui a révélé l’existence du document le 14 août, les alliés doivent notamment préciser s’ils ont apporté un « soutien public » à la politique étrangère des États-Unis et quelles restrictions ils ont imposées à l’utilisation de bases militaires par les forces américaines.
Le document va au-delà des seules questions de sécurité. Washington veut également savoir si ses partenaires achètent des armes auprès d’entreprises américaines et s’ils soutiennent des règles susceptibles de limiter l’accès de ces sociétés aux contrats de défense européens. Les pays sont aussi interrogés sur leur position concernant le principe du « Made in Europe » dans le secteur de l’armement.
Cette démarche intervient alors que l’administration Trump mène un réexamen de six mois de son dispositif militaire en Europe, dont les conclusions sont attendues en décembre. Dans le même temps, Washington cherche à transférer une part croissante des responsabilités militaires et financières aux membres européens de l’Alliance.
Des divergences de plus en plus visibles au sein de l’OTAN
Les questions posées par Washington renvoient directement à plusieurs différends récents avec certains de ses alliés. Celles concernant l’accès aux bases militaires portent notamment sur les opérations américaines au Moyen-Orient et dans l’hémisphère occidental.
L’Espagne avait ainsi refusé de soutenir les frappes américaines contre l’Iran et interdit l’utilisation de ses bases à cette fin. Le questionnaire fait également référence, de manière indirecte, à l’Iran ainsi qu’à l’opération américaine visant Nicolás Maduro au Venezuela. Ces épisodes illustrent les divergences qui peuvent apparaître lorsque certains membres de l’Alliance refusent de suivre automatiquement les initiatives de Washington.
La démarche a d’ailleurs été mal accueillie par plusieurs pays de l’OTAN. D’après les sources citées par Bloomberg, certains alliés y voient une tentative de les pousser vers un alignement politique et idéologique en échange du maintien des garanties de sécurité américaines. L’agence estime qu’une telle évolution pourrait modifier sensiblement l’équilibre des relations transatlantiques hérité de l’après-guerre.
Washington réduit progressivement son rôle militaire en Europe
Le questionnaire s’inscrit dans une révision plus large de la présence américaine sur le continent. Le 28 juillet, le responsable du Pentagone Elbridge Colby avait confirmé le lancement de cet examen, en soulignant que l’administration Trump entendait transférer davantage de responsabilités militaires aux alliés européens.
La réduction des effectifs américains avait déjà été évoquée au printemps. Donald Trump avait alors annoncé de nouvelles diminutions de la présence militaire des États-Unis en Europe, au-delà du retrait déjà prévu de 5 000 militaires d’Allemagne. La législation américaine interdit toutefois une baisse des effectifs sous le seuil de 76 000 militaires en Europe sans justification supplémentaire.
L’ampleur et la répartition d’un éventuel retrait restent donc à déterminer. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a qualifié le réexamen américain de décision « logique et positive », compte tenu de la hausse des dépenses militaires européennes et canadiennes. Un représentant de l’Alliance a également confirmé à Bloomberg que des discussions étaient en cours avec Washington, sans commenter directement le questionnaire.
Les décisions attendues d’ici la fin de l’année devraient ainsi préciser jusqu’où les États-Unis comptent réduire leur présence militaire directe en Europe. Elles permettront également de voir dans quelle mesure Washington entend désormais conditionner davantage son engagement auprès de ses alliés à leur alignement politique, à leurs choix militaires et à leurs achats dans le secteur de la défense.