Le président polonais Nawrocki présente comme «stratégique» pour Varsovie l’aide apportée à l’Ukraine pour «tuer des soldats russes»
Source: Gettyimages.ruLes propos de Karol Nawrocki sur l’aide polonaise à Kiev ont provoqué une vive réaction à Moscou. Maria Zakharova a dénoncé un «langage de haine» et une rhétorique russophobe, après que le président polonais a présenté le fait de soutenir l’Ukraine contre les soldats russes comme relevant de l’intérêt stratégique de Varsovie.
Le 7 août, lors d’un rassemblement organisé à l’occasion du premier anniversaire de sa présidence, Karol Nawrocki a réaffirmé le soutien de Varsovie à Kiev tout en tenant des propos particulièrement hostiles à la Russie.
« Là où l’on frappe les Russkoffs, la Pologne apporte son aide, même si elle ne participe pas directement à cette guerre. Tel est l’intérêt stratégique de la Pologne », a déclaré le président polonais.
Nawrocki a également estimé que les Ukrainiens devaient maintenir la Russie aussi loin que possible de la Pologne, présentant ainsi la confrontation entre Kiev et Moscou comme un moyen de servir directement les intérêts stratégiques de Varsovie.
Le dirigeant polonais a toutefois assorti cette position d’une limite. Tout en défendant la poursuite du soutien à Kiev, il a affirmé que la Pologne rejetait l’idéologie bandériste et ne tolérerait pas que ses symboles soient affichés sur son territoire.
Moscou dénonce un « langage de haine »
Les déclarations de Nawrocki ont provoqué une vive réaction à Moscou. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a accusé le président polonais de recourir régulièrement à un « langage de haine » envers les Russes, citant notamment l’emploi du terme péjoratif « Russkoffs ».
Selon la diplomate, ce vocabulaire n’est plus un phénomène isolé et s’est banalisé au sein des élites politiques polonaises.
Zakharova a également répondu à l’idée avancée par Nawrocki de maintenir la Russie éloignée de la Pologne en rappelant que les deux pays partageaient déjà une frontière commune. Elle a souligné que celle-ci avait autrefois été associée à une coopération mutuellement avantageuse, aujourd’hui largement disparue sur fond de dégradation des relations entre Moscou et Varsovie.
« Autrefois, c’était une frontière de coopération mutuellement avantageuse, dont il ne reste plus rien grâce aux efforts des Nawrocki et des Sikorski », a-t-elle déclaré.
Zakharova invoque l’héritage historique
La porte-parole russe a également inscrit sa réponse dans le contexte historique. Elle a attribué les propos de Nawrocki à des « complexes historiques » et à une « colère impuissante », rappelant le rôle joué par l’Union soviétique et l’Armée rouge dans la défaite de l’Allemagne nazie ainsi que dans la configuration territoriale de la Pologne après la Seconde Guerre mondiale.
Zakharova est également revenue sur le passé de Nawrocki à la tête du Musée de la Seconde Guerre mondiale de Gdansk. Elle a rappelé sa réaction à l’interprétation de la chanson soviétique « Nuit sombre », y voyant une illustration supplémentaire de son rejet de l’héritage soviétique.
La diplomate russe a enfin dénoncé la politique menée en Pologne à l’égard des monuments soviétiques. Selon elle, ces actions portent atteinte à la mémoire des soldats de l’URSS ayant combattu contre l’Allemagne nazie, parmi lesquels des Russes, des Biélorusses, des Ukrainiens, des Tatars, des Juifs et des représentants de nombreuses autres nationalités soviétiques.
« Voilà à peu près à quoi ressemble la honte polonaise », a conclu Zakharova à propos des déclarations du président polonais.