Le cinéma, nouvelle arme de propagande ? Pourquoi l’OTAN organise des rencontres secrètes avec des cinéastes
© Omar Havana Source: Gettyimages.ruL’Alliance militaire aurait organisé des réunions avec des professionnels du cinéma en Europe et aux États-Unis, garantissant l’anonymat des participants et la libre utilisation des informations obtenues. Certains auteurs pointent la dérive propagandiste de l’initiative et les risques moraux qui pourraient affecter les contenus artistiques.
Un article du quotidien britannique le Guardian, publié ce 3 mai, a révélé que l'OTAN avait tenu des réunions à huis clos avec des scénaristes, des réalisateurs et des producteurs de cinéma et de télévision en Europe et aux États-Unis, suscitant des accusations de vouloir instrumentaliser les arts à des fins de « propagande » au profit de l’Alliance atlantique.
À ce jour, trois réunions ont déjà eu lieu entre l’OTAN et des professionnels du cinéma et de la télévision dans les villes de Los Angeles, de Bruxelles et de Paris. Cette « série de conversations intimes », explique le Guardian, devrait se poursuivre encore le mois prochain à Londres, où l’Alliance prévoit de rencontrer des scénaristes membres de la Writers' Guild of Great Britain (WGGB), un syndicat britannique représentant les auteurs professionnels dans les divers médias du Royaume-Uni.
Consternation de certains auteurs
Réagissant à la réunion qui doit avoir lieu dans la capitale britannique, plusieurs invités ont fait part de leur consternation. Ils ont eu le sentiment qu'on leur demandait de « contribuer à la propagande de l'OTAN », a expliqué le quotidien. La réunion en question portera sur « l'évolution de la situation sécuritaire en Europe et au-delà », elle garantira l'anonymat des participants, ainsi que la libre utilisation des informations reçues.
Trois projets artistiques « inspirés » des réunions avec l’OTAN
Citant un courriel du WGGB, le Guardian a indiqué que « trois projets distincts » en cours de réalisation étaient en fait « inspirés, au moins en partie, par ces conversations ». La même source indique que, partant de l’idée que l'OTAN était « fondée sur la conviction que la coopération et le compromis, le développement des amitiés et des alliances, constituent la voie à suivre ». Pour les organisateurs de l'événement, « même si un message aussi simple se retrouve dans une histoire future, cela suffira ».
Réunion « outrageuse »
Dans ses commentaires concernant la réunion avec l’OTAN, Alan O'Gorman, scénariste du film Christy, qui a remporté le prix du meilleur film aux Irish Film & Television Awards 2026, a vivement critiqué la réunion prévue, qu’il a qualifiée d'« outrageuse » et de « propagande manifeste », estimant qu’il était « insensé et déplacé de présenter cela comme une sorte d'opportunité positive », dans la mesure où beaucoup de personnes originaires de pays qui ne font pas partie de l'OTAN « ont souffert de guerres auxquelles l'OTAN a participé et qu'elle a propagées ».
Le réalisateur va encore plus loin en affirmant qu’il existe une « campagne de désinformation en Europe, laissant entendre que nos défenses sont affaiblies », pointant une tentative de l'OTAN pour « diffuser une partie de son message à travers le cinéma et la télévision ».
Aventure risquée
Dans une autre perspective, Faisal A. Qureshi, scénariste et producteur, a voulu assister à la réunion pour constater personnellement la teneur de la réunion, avant de se désister en raison d'un conflit d'horaire. Selon lui, l’aventure dans ce monde opaque des renseignements ou des briefings militaires est risquée pour l’artiste. Le danger résiderait dans le fait de « croire qu'il détient désormais des connaissances secrètes », au lieu de « contester ou interroger » les informations qui lui sont transmises lors de telles réunions, et se laisser ainsi persuader « qu'il existe un monde de zones grises où la moralité est mise à rude épreuve et où les violations des droits de l'homme sont acceptables lorsqu'elles sont commises pour le bien commun ».