Flambée des prix du carburant : plusieurs pays agissent, la France écarte pour l’instant les mesures directes
© Petros Giannakouris Source: APFace à la hausse des prix du pétrole provoquée par les tensions géopolitiques, plusieurs pays ont adopté des mesures pour limiter l’impact sur les consommateurs, allant du plafonnement des prix à la réduction des taxes. En France, ces options restent pour l’instant écartées par l’exécutif, malgré les appels de l’opposition et la hausse des prix.
La flambée des prix des carburants, alimentée notamment par la guerre américano-israélienne contre l'Iran, pousse plusieurs pays à intervenir pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Malgré l’annonce d’un déblocage massif de réserves stratégiques de pétrole par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les marchés restent sous pression.
Le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, a ainsi progressé, le 12 mars, jusqu’à près de 97 dollars, entraînant une hausse des prix dans de nombreux pays. Dans ce contexte, certains gouvernements ont choisi de mettre en place des mesures directes pour limiter l’impact sur les automobilistes.
En Europe, la Croatie a été l’un des premiers pays à agir. Son Premier ministre Andrej Plenković a annoncé un plafonnement des prix de l’essence afin de préserver le niveau de vie des ménages. Une stratégie similaire a été adoptée en Hongrie, où le gouvernement dirigé par Viktor Orbán a instauré un « prix protégé » pour les carburants.
D’autres pays ont choisi de limiter les marges plutôt que les prix eux-mêmes. En Grèce, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a décidé d’imposer un plafond sur les marges bénéficiaires des stations-service, afin d’empêcher des profits jugés excessifs dans un contexte de hausse généralisée des coûts.
La réduction des taxes constitue également un levier utilisé par plusieurs gouvernements. En Italie, la présidente du conseil des ministres, Giorgia Meloni, a introduit un système d’« accises mobiles » : une partie des recettes supplémentaires de TVA générées par la hausse des prix du carburant est utilisée pour diminuer les taxes sur l’essence et le diesel.
En Asie, certaines économies ont adopté des mesures similaires. Le Vietnam a suspendu les droits de douane sur les carburants importés, tandis que Taïwan a mis en place des ajustements fiscaux et des mécanismes de régulation des prix. La Thaïlande et la Corée du Sud ont, pour leur part, instauré des plafonds temporaires sur certains produits pétroliers.
Ces mesures visent toutes un objectif commun : atténuer l’impact de la hausse du pétrole sur les ménages et limiter les effets inflationnistes sur l’ensemble de l’économie.
En France, des mesures débattues mais pour l’instant écartées
En France, la hausse des prix à la pompe suscite également des inquiétudes. Selon les données officielles, le litre de gazole dépasse désormais les deux euros en moyenne, tandis que le sans-plomb 98 et le SP95-E10 affichent eux aussi des niveaux élevés.
Face à cette situation, plusieurs propositions ont émergé dans le débat politique. Le Rassemblement national plaide notamment pour une réduction de la TVA sur les carburants à 5,5 %, afin d’alléger la facture des automobilistes. Toutefois, une telle mesure se heurterait au cadre juridique européen.
Selon la réglementation de l’Union européenne, le taux normal de TVA doit en effet être fixé à au moins 15 %, et les carburants ne figurent pas parmi les produits pouvant bénéficier d’un taux réduit. Plusieurs experts estiment donc qu’une baisse aussi importante serait contraire au droit européen et pourrait exposer la France à des sanctions de la Cour de justice de l’Union européenne.
La question d’une baisse des taxes sur les carburants se pose également, mais elle se heurte à la contrainte budgétaire. Dans un contexte de finances publiques déjà sous pression, une réduction significative des recettes fiscales pourrait peser sur le budget de l’État.
Une autre piste avancée par l’opposition concerne le blocage temporaire des prix. La France insoumise a ainsi proposé une loi permettant de plafonner le prix de l’énergie en période de crise. Jean-Luc Mélenchon estime que le gouvernement pourrait recourir aux dispositions du code du commerce permettant, en cas de situation exceptionnelle, de fixer un prix maximal pour certains produits.
Ce type de dispositif a déjà été utilisé en France, notamment pendant la crise sanitaire de 2020 pour plafonner les prix des masques et du gel hydroalcoolique. Dans le domaine des carburants, la dernière mesure comparable remonte à 1990, lorsque le Premier ministre Pierre Bérégovoy avait limité les prix au début de la guerre du Golfe.
Malgré ces précédents, l’exécutif français reste réservé. Les autorités redoutent notamment qu’un plafonnement des prix trop bas ne décourage certains distributeurs d’approvisionner le marché, ce qui pourrait entraîner des tensions sur l’offre et même des risques de pénurie.
Pour l’heure, le gouvernement mise sur la stabilisation des marchés internationaux et sur les engagements des distributeurs. Mais si la hausse du pétrole devait se prolonger, la question d’une intervention plus directe pourrait revenir au centre du débat public.