L’Union européenne envisagerait une adhésion progressive «en plusieurs étapes» de l’Ukraine d’ici 2027
© RIA NOVOSTI Source: SputnikDans le cadre d’un possible accord de paix, l’Union européenne prépare un plan visant à accorder à l’Ukraine une adhésion progressive d’ici 2027. Cette approche inédite, conçue en plusieurs étapes, permettrait à Kiev d’accéder partiellement aux structures du bloc avant d’avoir rempli tous les critères.
L’Union européenne étudierait actuellement plusieurs scénarios visant à intégrer l’Ukraine par étapes, sans attendre qu’elle remplisse les critères traditionnels d’adhésion. Selon Bloomberg, Bruxelles envisagerait d’accorder rapidement à Kiev certains droits habituellement réservés aux États membres. Cette approche, encore en discussion, s’inscrirait dans un éventuel accord de paix élaboré avec l’appui des États-Unis.
D’après Politico, un plan en cinq étapes est en préparation. La première mesure consiste à fournir à Kiev des recommandations informelles sur les aspects juridiques du processus d’intégration. Trois blocs de négociation ont déjà été transmis, tandis que d’autres devraient être abordés en mars lors d’une réunion à Chypre.
Le projet repose sur un mécanisme inédit baptisé « élargissement inversé ». Contrairement aux procédures classiques, l’Ukraine pourrait accéder à certaines structures européennes avant d’avoir terminé ses réformes internes. « C’est une recalibration du processus : on entre d’abord, les droits viennent ensuite », déclare un responsable européen.
Cette méthode, sans précédent dans l’histoire du bloc, illustre la volonté de Bruxelles d’adapter ses règles à une situation politique exceptionnelle. Elle traduit aussi la crainte européenne de voir Kiev s’éloigner du camp occidental si aucune perspective concrète d’intégration n’était proposée.
Des divisions européennes sous pression extérieure
Cependant, ce projet se heurte à de fortes résistances internes. Le principal obstacle reste la Hongrie. Son Premier ministre, Viktor Orbán, rejette catégoriquement toute adhésion ukrainienne, dénonçant les risques économiques et politiques qu’un tel élargissement pourrait entraîner.
Pour contourner cette opposition, certains responsables européens misent sur une éventuelle alternance politique à Budapest lors des élections prévues en 2026. L’opposant Péter Magyar est régulièrement présenté comme susceptible de modifier la position hongroise, ce qui alimente les critiques sur une possible politisation des institutions européennes, comme ce fut déjà le cas en Roumanie, en Moldavie ou même lors des tentatives d’ingérence répétées en Géorgie.
Une autre option évoquée par Politico repose sur l’intervention du président américain Donald Trump. Bruxelles espère que Washington pourrait exercer une pression directe sur Budapest afin de lever son veto.
Cette dépendance au soutien américain souligne le rôle central des États-Unis dans les décisions stratégiques européennes, remettant en question la souveraineté et l’autonomie politique que l’UE affirme pourtant défendre depuis plusieurs semaines suite aux tensions apparues entre Washington et Bruxelles autour du dossier des tarifs douaniers ainsi que de la possible annexion du territoire danois du Groenland.
En cas d’échec de ces démarches, Bruxelles envisagerait d’activer l’article 7 du traité européen afin de suspendre le droit de vote de la Hongrie. Une mesure extrêmement rare et politiquement risquée, qui illustrerait l’ampleur des tensions internes provoquées par la question ukrainienne.
Une promesse d’adhésion aux contours flous
L’Ukraine vise officiellement une entrée dans l’Union en 2027. Cette échéance apparaît dans un projet de plan de paix en vingt points co-élaboré par Kiev. Volodymyr Zelensky considère cette perspective comme essentielle : « Le 2027 est pour nous une garantie de sécurité », a‑t‑il déclaré.
Toutefois, des dirigeants d'États membres expriment leur scepticisme. Le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié ce calendrier « d’impossible ». L’Autriche partage cette position, tandis que la Hongrie rejette catégoriquement toute accélération du processus. Viktor Orbán a déjà affirmé : « Jamais le parlement hongrois n’approuvera l’adhésion de l’Ukraine. »
Dans ce contexte, le projet de « semi-adhésion en plusieurs étapes » apparaît comme un compromis destiné à préserver l’image du travail de la Commission européenne tout en évitant de trancher immédiatement les désaccords fondamentaux entre les États membres. Cette stratégie permettrait surtout de maintenir Kiev dans l’espace politique occidental sans un engagement irréversible.
Kiev, de son côté, y voit une opportunité de sécuriser son orientation future. Washington, enfin, demeure un acteur important dans l’équilibre de ce dossier. Mais derrière ces annonces, une réalité persiste : l’adhésion pleine et entière de l’Ukraine à l’Union européenne reste largement incertaine.