Paris marginalisé, Rome privilégiée : le nouveau calcul de Berlin

Alors que Paris continue de se réclamer du «moteur franco-allemand», Berlin a discrètement changé de partenaire. En se tournant vers Rome, l’Allemagne entérine un déplacement des équilibres européens sur fond de fin de mandat à l’Élysée, d’instabilité politique française et de montée en puissance de l’Italie sur la scène européenne.
Le récit du « moteur franco-allemand » a longtemps servi de cadre explicatif au fonctionnement de l’Union européenne. Emmanuel Macron y a souvent fait référence pour affirmer le rôle central de la France dans l’orientation politique du continent. Toutefois, comme le décrit le Telegraph, le moteur a changé de configuration, et la France n’en fait plus partie.
D’après le quotidien britannique, Berlin a cessé de considérer Paris comme son partenaire prioritaire. Ainsi, le chancelier allemand Friedrich Merz a engagé un rapprochement politique avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, officialisé à Rome par un accord de coopération portant sur la défense, la migration et le commerce.
Pendant des années, Paris s’est appuyé sur la rente symbolique du « couple franco-allemand ». Aujourd’hui, toutefois, comme le confient certains diplomates européens cités par le média, la France est devenue un partenaire compliqué : président en fin de mandat, pays politiquement instable, gouvernements fragiles, réformes annoncées puis retirées. Autant de signaux que l’Allemagne, allergique à l’imprévisibilité, lit avec inquiétude.
La dimension budgétaire renforce ce décalage. La dette publique française poursuit sa progression et pourrait atteindre 120 % du PIB d’ici 2027. Pour Berlin, cette trajectoire constituerait un signal d’alerte, l’expérience des crises passées continuant de structurer sa doctrine en matière de zone euro.
Dans ce contexte, l’Italie apparaît comme une alternative plus fiable. Le Telegraph souligne que Giorgia Meloni, initialement perçue comme une dirigeante eurosceptique, a adopté une ligne pragmatique depuis son arrivée au pouvoir. Son gouvernement s’est concentré sur la stabilisation budgétaire et sur une coopération étroite avec les partenaires européens, en particulier l’Allemagne.
Ainsi, autrefois présentée comme un facteur de fragilité pour l’Union, l’Italie est désormais citée comme un exemple de rétablissement progressif, tandis que la France concentre de plus en plus les inquiétudes liées à l’endettement, à la faiblesse de la croissance et à l’instabilité politique.
Toujours selon le Telegraph, Friedrich Merz a certes respecté les usages diplomatiques en réservant son premier déplacement officiel à Paris, sans que cette étape ne remette en cause l’évolution de la stratégie allemande, Berlin ayant déjà engagé un recentrage de ses priorités vers Rome.