Marine Le Pen : ses avocats saisissent le Conseil supérieur de la magistrature contre un ancien magistrat
© Telmo Pinto/NurPhoto Source: Gettyimages.ruVisé par une plainte déposée devant le Conseil supérieur de la magistrature par les six avocats de la présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale Marine Le Pen, l’ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation Didier Guérin a estimé qu’elle resterait inéligible pendant son pourvoi en cassation.
Face aux prises de position d’un ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation, les avocats de la présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale Marine Le Pen ont saisi l’instance disciplinaire. Ils dénoncent une analyse qu’ils jugent contraire au droit et préjudiciable à l’impartialité de la justice en période préélectorale.
Dans la revue Droit pénal d’octobre 2026, puis dans un entretien au Monde, Didier Guérin, président de chambre honoraire, affirme que « l’exécution provisoire des 5 ans d’inéligibilité prononcée par le tribunal correctionnel de Paris se poursuit pendant la procédure de cassation et qu’en l’état, la demanderesse demeure inéligible ».
Pourquoi Marine Le Pen est toujours inéligible et pourquoi elle risque de le rester si, début 2027, la Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel qui l'a condamnée. C'est en tout cas l'avis de Didier Guérin, haut magistrat qui fait autorité. https://t.co/C5jrlINh1u
— Edwy Plenel (@edwyplenel) October 27, 2026
Selon lui, Marine Le Pen, en tête dans toutes les études d’opinion, resterait donc empêchée de se présenter à la présidentielle de 2027. Sa thèse s’oppose à celle du procureur général près la Cour de cassation Rémy Heitz, qui avait rappelé que « le pourvoi en cassation suspend l’exécution de l’arrêt » et que faire revivre le jugement de première instance priverait l’intéressée d’une voie de recours effective.
Sur le réseau social X, Marine Le Pen a elle-même réagi en détaillant la démarche : elle accuse le magistrat de développer « des thèses à finalité en réalité purement politiques » et d’enfreindre le devoir de réserve.
Le 27 octobre 2026, a été publié dans les colonnes du Journal LE MONDE, un entretien avec Monsieur Didier GUERIN, magistrat honoraire près la Cour de cassation, sous l’intitulé « Marine Le Pen est actuellement inéligible jusqu’à la décision de la Cour de cassation sur son pourvoi ». Les affirmations posées sont en contradiction manifeste avec le Droit positif sur la question de l’exécution provisoire. Monsieur GUERIN assoit son raisonnement sur deux décisions relevant du cas d’espèce, et dont une rendue par ses soins du temps de sa présidence de la Chambre criminelle de la Cour de cassation. Outre le fait qu’un magistrat ne peut se livrer au commentaire de sa propre décision, une telle analyse bafoue le principe fondamental de l’effet suspensif du pourvoi mais aussi et surtout celui de l’effet dévolutif de l’appel qui « remet la chose jugée en question devant la juridiction d’appel » (Article 509 du code de procédure pénale). Pour être clair : le jugement de première instance est purement et simplement anéanti. Monsieur le procureur Général en exercice près la Cour de cassation Rémy HEITZ s’est exprimé sur ce sujet précis et sa conclusion est en total désaccord avec l’analyse de Monsieur GUERIN. Nous notons que cet entretien dans le Journal LE MONDE s’inscrit dans les suites d’une tribune de Monsieur GUERIN dans une revue spécialisée intitulée « Droit Pénal » qui avait été précédée d’un teasing journalistique du Nouvel Observateur. Là encore, pareilles manifestations d’un magistrat honoraire ne peut qu’alerter sur la réserve qui lui incombe. L’on ne peut qu’être consterné de lire le Vademecum proposé par Monsieur GUERIN, dans un total dévoiement dans le registre politique : de la poursuite de son inéligibilité prétendue, à la possibilité de rejeter sa candidature au niveau du Conseil constitutionnel, et enfin de guerre de lasse, dans l’hypothèse où elle serait élue sa destitution. Ces prises de position contreviennent gravement aux dispositions de l’ordonnance du 22 décembre 1958 qui impose un devoir de réserve aux magistrats honoraires, d’autant que sous le couvert de considérations juridiques, ce magistrat développe des thèses à finalité en réalité purement politiques. La gravité de l’atteinte s’illustre également par la portée de tels propos véhiculés par un haut magistrat qui engage ainsi l’institution judiciaire. Pour l’ensemble de ces raisons, Madame LE PEN a saisi le Conseil supérieur de la magistrature afin d’inviter Monsieur GUERIN à un rappel de ses obligations déontologiques.
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) October 27, 2026
Les avocats de Marine Le Pen, parmi lesquels Rodolphe Bosselut, François-Henri Briard, Stéphane Bonichot et David Dassa-Le Deist, s’élèvent contre une telle lecture. « Sur le fond, on s’oppose catégoriquement à cet avis dont les références sont étrangères à notre dossier », soulignent-ils.
Ils estiment que Didier Guérin, en se prévalant de sa qualité d’ancien haut magistrat, sort de l’arène judiciaire, prend en défaut les membres actuels de la Cour et se montre déloyal envers la défense. Dans leur plainte, ils demandent qu’il soit privé de son honorariat, rappelant que les magistrats honoraires doivent s’exprimer de façon discrète et mesurée pour ne pas compromettre l’image d’impartialité et de neutralité de l’institution, particulièrement en période préélectorale.
L’avocat Régis de Castelnau a commenté, ironisant sur des analyses « qui ne s’inscrivent pas dans le réel » et estimant que la candidate, en lice depuis début juillet, demeure politiquement éligible.
Macron est au bout du rouleau, c’est plus qu’évident. Le problème, c’est que le psychopathe sous emprise n’est que le dernier avatar d’un système mis en place depuis 40 ans. Dont un des mécanismes essentiels a été installation d’un néolibéralisme libéral libertaire, la grande bourgeoisie s’appuyant sur la petite du même nom, son habituel pilier. Qui s’est chargée de la basse besogne d’expulsion des couches populaires (ouvriers, salariés d’exécution des services et France périphérique), de l’espace public politique. Sécession et invisibilisation pour ceux qui avaient le plus à souffrir de ce régime. C’est en raison de cette violence que les plus exploités, abandonnés par ceux qui les défendaient et les représentaient traditionnellement, se sont tournés vers le Front National, perçu à tort plutôt qu’à raison comme un parti anti-système. Puis, à partir du mandat Sarkozy, comme le levier incontournable qui leur permettrait de se débarrasser de l’outil politique dont il subissait la domination. Ces couches sont déterminées, et elles ne changeront pas d’avis. Dans un Occident qui s’effondre, une Europe qui fait de même, le système néolibéral failli et bringuebalant envoie une France, n’ayant plus ni frein ni airbag à fond vers le mur. Alors ces couches moyennes qui en ont tant profité, et se voient en gros bataillons passer à la trappe du déclassement, s’affolent devant la catastrophe qui vient. Elles ont décidé d’emprunter le chemin de la révolte. Et au spectacle de la totale déconfiture du système Macron qu’elles ont contribué à mettre en place, s’imaginent que le pouvoir est à prendre, voire à ramasser. Comme Mitterrand, Mendès-France ou Defferre le 27 mai 1968 avec le résultat que l’on connaît. Et ceux-là l’avaient fait à l’époque pour les mêmes raisons, récupérer le pouvoir en faisant l’économie de l’intervention de la classe ouvrière. Comme aujourd’hui, ceux qui éblouis par ces étincelles qui ont mis le feu à la plaine des grandes métropoles, mettent leur espoir dans une alliance entre les petits-bourgeois urbains de Jean-Luc Mélenchon, les banlieues issues de l’immigration touchées par la grâce, et les couches intellectuelles pérorantes dépositaires de la bonne parole. Ce serait tellement formidable de se débarrasser de Macron tout de suite, d’éviter ainsi que le prolétariat new-look de la France périphérique, puisse aller au bout de sa logique et de ses choix et élise Marine Le Pen comme il a décidé de le faire. Alors évidemment, il y a beaucoup de sincérité chez les gens (où j’ai beaucoup d’amis) que je vois s’enthousiasmer et espérer la chute rapide du psychopathe. Mais les regarder brandir drapeaux et références, en appeler aux grands ancêtres en égrenant les grandes dates, masque un des ressorts essentiels de leur engagement face à la rupture qui vient : la diriger pour conserver leur place et les avantages qui y sont attachés. Parce que même s’il ne faut pas avoir d’illusions, une véritable rupture avec les 40 ans de néolibéralisme libertaire, avec l’intervention politique de ce prolétariat, ne pourra faire autrement que d’en mettre énormément en cause. Alors on diabolise, utilise des références historiques mensongères, pointe un fascisme imaginaire. On invente contre l’évidence un concept de « macrono-lepénisme » au moment même où l’opération de Trappes organisée par le pouvoir contre le RN, vient de démontrer le caractère inepte. On réclame le départ immédiat de Macron, à longueur de plateaux d’une presse mainstream brusquement reconvertie dans l’anti-macronisme. En faisant semblant de ne pas voir le piège d’une élection présidentielle anticipée, sans véritable campagne. Avec un Gérard Larcher installé à l’Élysée pour l’intérim et candidat naturel à la fois du bloc central et du front républicain reconstitué. « T’es chiant Castelnau, un rouge-brun en fait, voire carrément un nazi. À vouloir à tout prix que Marine Le Pen soit élue présidente de la république. En essayant de nous priver de notre doudou ». C’est beaucoup plus simple. Même si je préférerais pouvoir communier avec un mouvement populaire, lancer des slogans et chanter des chansons (j’adore ça), j’ai subi tant de défaites, toujours été minoritaire, que je ne peux plus vivre dans un monde imaginaire. Contraint de me frotter au réel, je vois celui-ci nous présenter la facture. De nos défaites justement, de nos abandons, de nos compromissions, de nos lâchetés, dont le résultat est nécessairement une souffrance. Celle que le prolétariat français tel qu’il est aujourd’hui, nous inflige en choisissant Marine Le Pen et le Rassemblement National comme outils de la rupture. Et ce n’est sûrement pas en marchant dans les combines de la petite bourgeoisie, grande responsable de la catastrophe, qu’on peut la traiter. « Après, une fois les illusions dissipées, il y aura du temps pour la clarté. » Espérons-le. LIRE SUR SUBSTACK https://t.co/FjalZDSLQ8
— Régis de Castelnau (@R_DeCastelnau) October 25, 2026
Le débat survient alors que la procédure en cassation avance. Les mémoires en défense ont été déposés, les parties disposent jusqu’au 1er décembre pour y répondre, et la Cour doit purger les questions prioritaires de constitutionnalité d’ici mi-décembre. Une course contre la montre s’engage, dont l’issue, attendue deux semaines avant le premier tour, pourrait peser lourd sur la présidentielle.