La Guinée inaugure sa première raffinerie d’or pour renforcer sa souveraineté minière

Longtemps exporté sans être raffiné sur place, l’or guinéen doit désormais être davantage valorisé dans le pays. Inaugurée à Conakry, la Nimba Gold Refinery incarne la volonté des autorités de mieux maîtriser la filière aurifère, de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée et de favoriser l’emploi local.
Le président guinéen Mamadi Doumbouya a inauguré, le 1er novembre, la Nimba Gold Refinery (NGR), première raffinerie d’or du pays, située à Gbessia, dans la capitale Conakry. Avec cette installation, les autorités entendent développer la transformation locale des ressources minières et mieux maîtriser la filière aurifère.

Jusqu’à présent, une grande partie de l’or guinéen était exportée à l’état brut pour être raffinée à l’étranger. Le pays ne profitait donc pas pleinement de la valeur ajoutée liée à cette activité. Pour changer cette situation, le gouvernement avait annoncé en juin l’interdiction des exportations d’or brut et l’obligation de procéder à son raffinage sur le territoire national.
Lors de l’inauguration, le ministre des Mines, Bouna Sylla, a salué ce changement de cap. « Depuis des siècles, la Guinée a exploité et exporté l’or à l’état brut », a-t-il rappelé, soulignant qu’une partie de la richesse générée par le raffinage échappait jusqu’ici à l’économie nationale.
La nouvelle raffinerie affiche une capacité théorique de traitement de 733 tonnes d’or par an, bien supérieure aux volumes actuellement produits dans le pays. Sa direction estime qu’en fonctionnant à la moitié de cette capacité, elle pourrait générer un flux financier annuel de 4,5 milliards de dollars. Ce montant reste une projection et ne correspond pas à un bénéfice net garanti.
L’installation doit également favoriser la création d’emplois qualifiés, la formation de techniciens guinéens et une meilleure traçabilité de l’or.
L’orpaillage artisanal, un défi majeur
Cette stratégie se heurte toutefois à un défi de taille : le contrôle de la production artisanale, qui représente l’essentiel de l’or extrait dans le pays. Sur les quelque 70 tonnes exportées en 2025, près de 50 tonnes provenaient de l’orpaillage artisanal.
Une partie de cet or échappe encore à l’administration minière et transite par des pays voisins, notamment le Mali, avant d’être exportée. Cette difficulté a notamment été soulignée par Oumar Totiya Barry, directeur de l’Observatoire guinéen des mines et des métaux.
La réorganisation de la filière concerne également les entreprises minières. L’État prévoit ainsi d’acheter, en francs guinéens, jusqu’à 30 % de la production des sociétés industrielles et semi-industrielles. Cette mesure doit notamment contribuer au renforcement des réserves de change de la Banque centrale et à la stabilité économique du pays.
La transformation locale gagne du terrain en Afrique de l’Ouest
La Guinée rejoint ainsi d’autres pays d’Afrique de l’Ouest qui cherchent à valoriser davantage leurs ressources minières sur leur territoire. C’est notamment le cas du Burkina Faso, qui a inauguré sa première raffinerie d’or en septembre.
Cette orientation ne se limite toutefois pas à l’or. La Guinée, qui figure parmi les principaux producteurs mondiaux de bauxite, cherche également à développer sa transformation sur place. Trois raffineries d’alumine sont actuellement en construction.
À travers ces projets, les autorités guinéennes veulent renforcer l’industrie nationale, réduire progressivement leur dépendance aux exportations de matières premières brutes et conserver une plus grande part de la richesse issue de leur sous-sol.