La guerre au Moyen-Orient rebat les cartes politiques et économiques au Maghreb
© Getty ImagesLa guerre contre l’Iran a des répercussions jusqu'au Maghreb, où elle ravive les rivalités entre l’Algérie et le Maroc. Rabat y voit une occasion de renforcer ses alliances et sa position sur le Sahara occidental, tandis qu’Alger cherche à préserver un équilibre diplomatique tout en profitant de la hausse des prix de l’énergie.
La guerre déclenchée contre l’Iran par les États-Unis et Israël dépasse largement le cadre du Moyen-Orient. Au Maghreb, ce conflit est suivi avec une attention particulière, car ses répercussions pourraient redessiner les équilibres politiques et économiques de l’Afrique du Nord. Derrière l’escalade militaire se profilent plusieurs enjeux régionaux majeurs, notamment la rivalité entre l’Algérie et le Maroc, la question du Sahara occidental et les alliances stratégiques dans la région sahélienne.
Historiquement proche de Téhéran, Alger adopte une posture prudente. Le pays tente de préserver ses principes diplomatiques tout en évitant des tensions manifestes avec les puissances occidentales ou leurs alliés du Golfe. Cette stratégie d’équilibre vise également à protéger ses intérêts économiques. En tant que grand exportateur d’hydrocarbures, l’Algérie pourrait tirer profit de la hausse des prix de l’énergie provoquée par les tensions régionales, renforçant ainsi ses recettes et sa position dans ses relations énergétiques avec l’Europe.
Des répercussions différentes
Le Maroc, pour sa part, aborde la crise dans une logique différente. Depuis sa normalisation avec Israël dans le cadre des accords d'Abraham et le renforcement de ses liens avec Washington, Rabat voit dans ce conflit une occasion de consolider ses alliances avec les États-Unis, Israël et les monarchies du Golfe.
Cette orientation diplomatique s’inscrit aussi dans le contexte des négociations sur le Sahara occidental, dont la souveraineté est revendiquée par le royaume. Les autorités marocaines ont régulièrement accusé l’Iran de soutenir le Front Polisario, accusation rejetée par le mouvement indépendantiste sahraoui.
La crise pourrait ainsi raviver la rivalité entre Alger et Rabat. Alors que les discussions sur l’avenir du Sahara occidental restent sensibles, certains analystes estiment que Rabat pourrait exploiter le contexte international pour renforcer sa position diplomatique, notamment en cherchant à faire classer le Polisario comme organisation terroriste. De son côté, l’Algérie tente de consolider sa posture diplomatique tout en diversifiant ses partenaires économiques et stratégiques.
Sur le plan économique, les effets du conflit se font déjà sentir. Le Maroc, fortement dépendant des importations énergétiques et des flux commerciaux maritimes, subit directement la hausse des prix du carburant et des coûts de transport, ce qui risque d’accentuer les tensions sociales. À l’inverse, l’Algérie pourrait bénéficier à court terme de la flambée des prix du pétrole et du gaz, qui renforcerait ses recettes et sa position dans ses négociations économiques avec l’Union européenne.