Polémique après l’interview de Lavrov : le ministère russe des Affaires étrangères répond à l’ambassadeur de France

Polémique après l’interview de Lavrov : le ministère russe des Affaires étrangères répond à l’ambassadeur de France© RIA NOVOSTI Source: Sputnik
Le bâtiment du ministère russe des Affaires étrangères à Moscou.
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La diplomatie russe a répondu aux propos de l’ambassadeur de France en Russie, Nicolas de Rivière, sur l’interview accordée par Sergueï Lavrov à France Télévisions. Moscou y voit un «but contre son camp» et accuse Paris de défendre la liberté des médias de façon sélective, surtout lorsque la parole russe dérange le discours occidental dominant.

Le ministère russe des Affaires étrangères a publié ce 25 avril un communiqué consacré aux déclarations de Nicolas de Rivière, ambassadeur de France en Russie. Le diplomate français avait présenté la diffusion de l’interview de Sergueï Lavrov sur France Télévisions comme une preuve de l’attachement de Paris à la liberté de la presse.

Moscou rejette cette lecture. Pour la diplomatie russe, l’affaire montre au contraire les limites du pluralisme revendiqué par la France. Après la diffusion de l’entretien, France Télévisions a été vivement critiqué en France et dans d’autres pays occidentaux pour avoir donné la parole au ministre russe des Affaires étrangères. Le ministère russe y voit une contradiction claire : Paris affirme défendre la liberté d’expression, mais cette liberté devient contestée dès qu’un responsable russe peut s’adresser directement au public.

La diplomatie russe qualifie donc les propos de Nicolas de Rivière de « but contre son camp ». Elle rappelle notamment les réactions de l’ancienne ministre française Nathalie Loiseau, aujourd’hui députée européenne, ainsi que celles du député Laurent Mazaury, qui a saisi le régulateur Arcom contre France 2. Pour Moscou, ces prises de position illustrent une tendance occidentale à accepter le débat seulement lorsqu’il reste dans un cadre politiquement acceptable.

Les médias russes visés par des restrictions

Le ministère russe replace aussi cette polémique dans un contexte plus large. La diplomatie russe rappelle que les médias russes ont été confrontés à de nombreuses restrictions en France. Dès la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017, RT et Sputnik s’étaient vu refuser des accréditations. Après son élection, leurs journalistes ont rencontré des difficultés pour accéder aux événements officiels à l’Élysée.

D’autres épisodes sont également cités dans le communiqué, notamment les obstacles imposés à des journalistes russes lors de conférences de presse du gouvernement et le retrait d’accréditations à des correspondants de TASS pendant les Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024. La diplomatie russe insiste aussi sur les décisions de l’Arcom, qui a adopté en février 2026 des mesures visant à bloquer 35 sites de médias russes.

Ces décisions, selon le ministère russe, ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une politique menée depuis 2022 par la France et l’Union européenne contre les médias russes. Le communiqué évoque également les lois françaises de 2018 contre la manipulation de l’information et de 2024 sur la prévention des ingérences étrangères. Aux yeux de la diplomatie russe, ces textes renforcent le contrôle politique de l’information et permettent d’écarter plus facilement les médias jugés indésirables.

Le communiqué met enfin en contraste cette situation avec les conditions de travail accordées aux journalistes français en Russie. Le ministère russe rappelle que 36 employés de sept médias français sont accrédités de manière permanente auprès de ses services. Ils ont accès aux principaux événements officiels, y compris aux conférences de presse du président russe et du ministre des Affaires étrangères.

Un désaccord devenu politique

Cette critique ne se limite pas au terrain médiatique. Dans son communiqué, la diplomatie russe conteste aussi l’idée selon laquelle la France n’aurait aucune hostilité envers la Russie. Le ministère rappelle les propos d’Emmanuel Macron, qui a présenté la Russie comme une menace existentielle pour la France et l’Europe, ainsi que les déclarations du chef d’état-major français Fabien Mandon sur la possibilité d’un affrontement militaire avec Moscou dans les prochaines années.

La diplomatie russe critique également la position française sur l’Ukraine. Elle juge « fantaisistes » les propositions de la « coalition des volontaires » portée par Paris et estime que la France cherche à promouvoir des initiatives parallèles, sans tenir compte de la situation réelle sur le terrain ni du cadre actuel des négociations.

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