«On enseigne mal l’histoire en Occident, nous le voyons bien» : Lavrov dénonce la remilitarisation de l’Europe lors d’un entretien à RT

«On enseigne mal l’histoire en Occident, nous le voyons bien» : Lavrov dénonce la remilitarisation de l’Europe lors d’un entretien à RT© RT
Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, lors d'une interview avec Rick Sanchez, présentateur de RT International
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Dans un entretien accordé à RT, le ministre russe des Affaires étrangères dresse un réquisitoire contre les pays européens, accusés d’avoir sabordé les chances d’un règlement en Ukraine au profit d’une stratégie d’escalade. Il évoque des négociations trahies, une répression culturelle en Ukraine et une inquiétante remilitarisation de l’Europe.

C’est à l’occasion de la Journée du diplomate, célébrée le 10 février, que Sergueï Lavrov a accordé un entretien à Rick Sanchez, journaliste de RT. Depuis les couloirs historiques du ministère des Affaires étrangères à Moscou, le chef de la diplomatie russe y revient longuement sur les causes profondes de la crise ukrainienne, qu’il décrit comme le résultat d’engagements systématiquement trahis par l’Occident.

Pour Lavrov, le renversement du président ukrainien Viktor Ianoukovitch en 2014, malgré un accord signé sous la garantie de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, a marqué un tournant. « L’Occident a tourné le dos à la neutralité ukrainienne », affirme-t-il, dénonçant un soutien direct à un pouvoir hostile aux populations russophones. Kiev a dès lors adopté des lois ciblant la langue russe et l’Église orthodoxe ukrainienne canonique, rompant avec les principes fondamentaux du droit international.

« L’unique pays au monde où la langue russe est officiellement interdite, c’est l’Ukraine », déclare Sergueï Lavrov, rappelant que la Charte des Nations unies protège les droits linguistiques et culturels des minorités. Pour lui, ces atteintes ne peuvent être ignorées dans les discussions diplomatiques à venir.

Un climat d’escalade en Europe

Au-delà du seul conflit ukrainien, le chef de la diplomatie russe s’inquiète du climat politique qui prévaut en Europe. Il dresse un parallèle assumé avec les précédents historiques : « Une fois de plus, ils ont rassemblé pratiquement toute l’Europe sous les mêmes bannières, comme aux temps de Napoléon ou d’Hitler ». Cette fois, souligne-t-il, les États occidentaux livrent des armes, imposent des récits, forment les troupes, mais ne sont pas encore engagés directement au combat.

Lavrov s’attarde sur le cas allemand. Il critique la volonté affichée du chancelier Friedrich Merz de faire de l’Allemagne « la première puissance militaire d’Europe » et lève un drapeau rouge sur la levée des restrictions constitutionnelles sur les dépenses de défense. « Ce discours est grave. Il reflète un état d’esprit. Une préparation à la guerre », avertit-il. Il mentionne également les déclarations du ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, évoquant les échéances militaires à l’horizon 2029-2030.

Plus largement, Sergueï Lavrov dénonce la marginalisation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), jugée « totalement discréditée », et l’incapacité de l’Union européenne à construire une architecture de sécurité indépendante. « L’UE est devenue une annexe de l’OTAN », résume-t-il.

Des concessions ignorées, une position constante

Dans un ton mesuré mais ferme, le ministre rappelle que Moscou n’a jamais fermé la porte à une solution diplomatique. Il cite les discussions menées à Istanbul en avril 2022, où la partie russe était prête à accepter les propositions ukrainiennes — avant qu’elles ne soient abandonnées sous pression occidentale. Il mentionne aussi le sommet d’Anchorage, à l’été 2025, où Vladimir Poutine et Donald Trump étaient parvenus à un compromis, rapidement affaibli par les interventions européennes.

Sergueï Lavrov insiste sur les preuves concrètes de la volonté de Moscou d’éviter l’escalade. Il évoque notamment la trêve énergétique de mars-avril 2025, à l’initiative de Trump, durant laquelle la Russie n’avait ciblé aucun site ukrainien, en dépit de plus de 130 attaques contre des infrastructures civiles russes.

« Nos positions sont claires et cohérentes. Ce n’est pas un préalable, mais une obligation issue de la Constitution ukrainienne elle-même », conclut-il, appelant à une Ukraine neutre, respectueuse de ses propres engagements et des populations russophones. Une position constante, là où les lignes occidentales, selon lui, n’ont cessé de bouger.

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