Crise budgétaire en France : «La cible de 2027 reprend donc celle qui vient d’être manquée», tance la rapporteur du budget au Sénat
© Daniel Pier/NurPhoto Source: Gettyimages.ruChristine Lavarde, sénatrice Les Républicains des Hauts-de-Seine, rapporteur du Budget au Sénat, n’a pas mâché ses mots à l’endroit de la copie budgétaire présentée par le gouvernement Lecornu. Celui-ci réclame 54 milliards d’euros d’«effort» aux Français en 2027, pour limiter le déficit à 5%, soit l’objectif déjà promis pour 2026… et raté.
« Le meilleur appel au patriotisme, ce sont des chiffres crédibles. » Dans une interview au Figaro parue ce 11 octobre, la sénatrice Christine Lavarde, assure « entend[re] l’appel » de Sébastien Lecornu au « patriotisme de chacun », lors de son allocution télévisée du 7 octobre. Pour autant, cette élue Les Républicains (LR) des Hauts-de-Seine n’entend pas donner un blanc-seing à la copie gouvernementale, qui fait son arrivée au Parlement.
« Toute dépense ajoutée devra être financée et toute recette supprimée devra être compensée », a-t-elle averti, d’autant plus que ce budget a quelque peu des airs de déjà-vu. « En janvier, le Premier ministre nous assurait que l’objectif de 5 % serait tenu en 2026. Nous en sommes à 5,4 %, avant même la loi de fin de gestion », a-t-elle rappelé, avant de poursuivre : « La cible de 2027 reprend donc celle qui vient d’être manquée. Le gouvernement qualifie son budget d’ambitieux. Un budget ambitieux ferait au moins reculer le déficit de l’État. Or il augmente encore ».
En tant que rapporteur du budget, Christine Lavarde se donne pour objectif de « présenter les chiffres tels qu’ils sont », estimant que les Français « doivent comprendre pourquoi un tel effort produit un résultat aussi modeste » au regard des 54 milliards d’« effort » demandés par le gouvernement Lecornu pour 2027 en vue de réduire de 0,4 point de PIB un déficit qui n’en resterait pas moins de 5 % dans le meilleur des cas.
Budget 2027 : en commission, les députés rejettent la partie « recettes »
« Il est facile d’en appeler au patriotisme quand on a soi-même alourdi la facture », a-t-elle cinglé, rappelant que « contre l’avis du Sénat », le gouvernent Lecornu avait suspendu la réforme des retraites afin d’éviter la censure des socialistes. « Cette suspension coûtera près de 1,4 milliard d’euros en 2027. Le patriotisme, c’était précisément de ne pas renoncer à une réforme indispensable à la préservation de notre contrat social », a insisté la sénatrice des Hauts-de-Seine.
Cette dernière entend également « ramener le débat sur la dépense, que l’on contourne depuis plusieurs budgets en augmentant la fiscalité » et, enfin, « protéger le solde ». Reste à savoir si ses confrères l'entendront de cette oreille. En commission des Finances, malgré la crise obligataire qui plane sur le pays, le travail de détricotage par les députés de certaines mesures phrase du budget a débuté.
« Dans nos prises de parole, nous devons avoir en tête que nous serons scrutés par le pays et par les créanciers du pays », a d’ailleurs averti, en commission, le rapporteur général du budget, le député LR des Hauts-de-Seine Philippe Juvin. Pour autant, le 9 octobre, les députés de la commission ont rejeté à la quasi-unanimité la partie « recettes » du budget.