La BAD veut miser sur les ressources africaines pour financer le développement du continent
© BADÀ Brazzaville, la BAD cherche de nouveaux financements pour le développement africain alors que l’aide occidentale recule fortement. Un sommet se tient sous l’ombre d’Ebola en RDC voisine, une alerte sanitaire qui pourrait peser sur la participation, tandis que l’institution veut mobiliser davantage les ressources du continent à long terme.
Les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) se sont ouvertes le 25 mai à Brazzaville, en République du Congo. Cette réunion intervient à un moment sensible pour le continent, confronté à la baisse de l’aide extérieure, à d’importants besoins économiques et à une nouvelle alerte Ebola en Afrique centrale.
L’aide publique au développement des pays riches a chuté d’environ 25 % l’an dernier, à 174,3 milliards de dollars. Les États-Unis font partie des pays ayant réduit leurs financements, y compris ceux destinés aux prêts concessionnels de la BAD.
Cette situation pousse la banque à revoir ses priorités. Elle estime que l’Afrique doit combler un déficit annuel d’environ 400 milliards de dollars pour financer l’énergie, les infrastructures, la sécurité alimentaire, l’adaptation climatique et l’emploi.
Mobiliser l’argent africain
Face au recul de l’aide occidentale, la BAD veut miser davantage sur les ressources du continent. Dans un communiqué, elle affirme que « l’Afrique a besoin de financements à long terme pour l’énergie, la sécurité alimentaire, l’adaptation climatique, les infrastructures et l’emploi ». Elle estime aussi que l’ampleur des besoins impose des « solutions audacieuses ».
Cette ligne est défendue par le nouveau président de la BAD, Sidi Ould Tah. Il porte le projet de « Nouvelle architecture financière africaine pour le développement », ou NAFAD, destiné à mieux utiliser les capitaux disponibles en Afrique et à réduire la dépendance envers les bailleurs occidentaux et les marchés extérieurs.
Les partisans de cette approche estiment que le continent dispose d’environ 4 000 milliards de dollars d’actifs institutionnels, notamment dans les fonds de pension, fonds souverains, assurances, systèmes d’épargne et investissements régionaux. Mais ces ressources restent souvent dispersées ou placées dans des produits qui financent peu les grands projets.
Le président kényan William Ruto a résumé le problème en affirmant que « le capital existe en Afrique, mais les projets de développement africains restent privés de financement ». L’enjeu est donc de créer des mécanismes régionaux capables d’orienter ces fonds vers les infrastructures, l’énergie, l’industrialisation et l’adaptation climatique.
Ebola en toile de fond
Le sommet se tient aussi sous la pression d’une flambée d’Ebola en République démocratique du Congo. L’épidémie a déjà provoqué plus de 170 décès suspects et s’est propagée jusqu’en Ouganda. Aucun cas n’a été signalé en République du Congo.
Les autorités congolaises affirment qu’aucune restriction particulière n’est imposée au sommet, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Le risque sanitaire pourrait toutefois réduire la participation et peser sur les discussions.
La stratégie de la BAD suscite aussi des réserves. Plusieurs économistes rappellent que les capitaux évoqués sont déjà investis ailleurs et ne peuvent pas être déplacés rapidement. Ils soulignent aussi que l’épargne reste faible en Afrique subsaharienne, notamment à cause des bas revenus et de la jeunesse de la population.
Face au recul de l’aide occidentale, à la hausse du coût de la dette et à l’instabilité économique mondiale, plusieurs pays africains cherchent à bâtir des outils financiers plus autonomes, fondés sur les ressources du continent.