Centrafrique : la justice française classe sans suite l’enquête visant le groupe Castel pour complicité de crimes contre l’humanité
© X / Radio FranceAprès plusieurs années d’investigations, la justice française a classé sans suite l’enquête visant Sucaf RCA, société liée au groupe Castel en Centrafrique. Ouverte après un rapport de l’ONG The Sentry évoquant de possibles liens financiers avec des groupes armés, la procédure n’a pas permis de caractériser suffisamment les infractions.
Au terme de plusieurs années d’enquête préliminaire, le Parquet national antiterroriste a classé sans suite l’enquête pour complicité de crimes contre l’humanité visant une société liée au groupe Castel en Centrafrique. Le 22 avril 2026, les infractions visées ont été jugées « insuffisamment caractérisées », ce qui a conduit au classement de la procédure.
L’affaire trouve son origine dans un rapport publié en août 2021 par l’ONG The Sentry. Dans son rapport, l’organisation accusait la Sucrerie africaine de Centrafrique, Sucaf RCA, d’avoir soutenu financièrement des groupes rebelles afin de sécuriser son usine et ses champs de canne à sucre. Sucaf RCA est présentée comme une filiale de Somdiaa, elle-même détenue à plus de 87 % par le groupe Castel.
Un dossier sensible
Dans son rapport, l’ONG The Sentry évoquait un « arrangement sécuritaire » conclu à partir de la fin 2014 avec l’Unité pour la paix en Centrafrique, une milice accusée d’exactions. D’après l’ONG, cet arrangement visait à protéger les installations industrielles du groupe et à préserver sa position dominante sur place. Sucaf RCA aurait procédé à des paiements en espèces, fourni du carburant et apporté un soutien logistique, notamment pour l’entretien de véhicules.
À la suite de ces accusations, les investigations ont été confiées en juin 2022 à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité. Des auditions ont été menées en France ainsi qu’en République centrafricaine. Mais au terme de la procédure, les enquêteurs ont dit ne pas estimer disposer d’éléments suffisants pour engager des poursuites.
Le dossier s’est développé dans un contexte de fortes tensions politiques en Centrafrique, où l’influence française est de plus en plus contestée.
Des réactions opposées
La défense de la société mise en cause et son ancien dirigeant Alexandre Vilgrain ont salué la décision de justice. Les avocats disent l’accueillir « avec satisfaction », tout en assurant ne pas s’en « réjouir ». Ils mettent en avant les conséquences économiques et sociales de la fermeture du site de Ngakobo, qu’ils décrivent comme une catastrophe pour des milliers d’habitants de la région.
À l’inverse, l’ONG The Sentry conteste fermement l’issue du dossier. Sa directrice exécutive, Justyna Gudzowska, affirme maintenir « les conclusions » du rapport. Les avocats de l’ONG estiment pour leur part que cette décision met en évidence les limites de l’enquête, en raison notamment de sa lenteur et des difficultés à protéger certains témoins en Centrafrique.
Au-delà du seul cas Castel, cette affaire relance les interrogations sur les pratiques de grands groupes français en Afrique et sur la difficulté, pour la justice française, à traiter jusqu’au bout des dossiers mettant en cause des intérêts économiques majeurs. D’autres entreprises françaises, comme Lafarge ou BNP Paribas, font, elles aussi, l’objet de procédures liées à des soupçons de complicité dans des crimes commis à l’étranger.