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Pologne : Tusk accuse le président et son prédécesseur de «détruire l’État de droit» sur fond de crise constitutionnelle

La bataille autour du Tribunal constitutionnel polonais prend une nouvelle tournure. Après la suspension contestée de ses dirigeants et les manifestations à Varsovie, Donald Tusk refuse tout compromis. Le Premier ministre défend ses mesures, tandis que le président et l’opposition dénoncent un coup de force contre la justice. La crise perdure.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a accusé, le 31 octobre, le président Karol Nawrocki, son prédécesseur Andrzej Duda et le parti d’opposition Droit et justice (PiS) de « détruire l’État de droit » en Pologne. Ces accusations interviennent en pleine crise autour du Tribunal constitutionnel, dont la direction fait l’objet d’un affrontement entre le gouvernement et la présidence.

Dans une allocution à la nation, Tusk a dénoncé « une nouvelle étape du processus de destruction de l’État de droit », qu’il impute au PiS et aux deux présidents. Il a exclu tout compromis, affirmant que l’opposition avait rejeté les solutions proposées par la majorité pour résoudre le conflit. Il a également estimé qu’aucun responsable politique, pas même le président, ne pouvait imposer ses décisions à un tribunal ni intimider ses juges.

Une bataille pour la direction du Tribunal constitutionnel

Au cœur de la crise se trouve le Tribunal constitutionnel, chargé de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Les tensions se sont notamment aggravées après l’élection de Maciej Berek, ancien membre du gouvernement Tusk, comme juge constitutionnel. Nawrocki a refusé de recevoir son serment, bloquant son entrée en fonctions.

Le 30 octobre, le ministre de la Justice Waldemar Zurek a demandé la suspension du président du Tribunal, Bogdan Swieczkowski, ainsi que la levée de son immunité. Parallèlement, la juge Anna Korwin-Piotrowska a revendiqué la direction provisoire de l’institution et annoncé la suspension de Swieczkowski et de son adjoint, Bartlomiej Sochanski. Tous deux contestent leur mise à l’écart et affirment rester en fonctions.

Ces mesures ont provoqué de nouvelles tensions devant le Tribunal, à Varsovie. Des manifestants se sont rassemblés aux abords du bâtiment, placé sous surveillance policière. Plusieurs personnes ont tenté de franchir les barrières de sécurité et ont été interpellées. Face à cette situation, Nawrocki a interrompu son voyage vers le Sénégal pour rentrer d’urgence à Varsovie.

L’opposition dénonce une tentative de coup d’État

De retour dans la capitale, le président polonais a dénoncé un coup de force contre le Tribunal constitutionnel. Le PiS, dirigé par Jaroslaw Kaczynski, a également accusé le gouvernement de chercher à prendre le contrôle de l’institution, allant jusqu’à qualifier les événements de tentative de coup d’État.

Tusk a, de son côté, défendu l’intervention de la police, présentant les mesures de son gouvernement comme nécessaires au rétablissement de l’indépendance de la justice.

La crise a également suscité des réactions à l’étranger. Le 1er novembre, Viktor Orban a apporté son soutien à Nawrocki, accusant Tusk d’avoir tenté d’organiser un coup d’État contre son propre peuple.

Ce nouvel affrontement prolonge un conflit institutionnel ouvert en 2015, lorsque les nominations controversées de juges sous le gouvernement PiS avaient déclenché une crise durable autour du Tribunal constitutionnel. Depuis son retour au pouvoir en 2023, Tusk affirme vouloir rétablir l’État de droit, mais ses méthodes sont contestées par le président et l’opposition. Les deux camps revendiquent désormais la défense de l’ordre constitutionnel polonais.