Alors que la France tente de surmonter les violences du 17 octobre, le président français Emmanuel Macron a choisi de maintenir son programme international après son allocution très critiquée du 18 octobre. Arrivé le lendemain matin au Koweït, il doit poursuivre sa tournée aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar.
Objectif affiché : sécuriser les approvisionnements pétroliers, réduire la pression sur les prix des carburants et renforcer les partenariats militaires.
Une tournée au mauvais moment, avec quels moyens ?
L’opportunité du déplacement interroge. Pour le constitutionnaliste Benjamin Morel, interrogé par l’Agence France-Presse (AFP), ce voyage peut donner une impression de normalité, mais aussi faire apparaître le président comme « déconnecté » et suggérer une forme de « vide du pouvoir ».
Dans un éditorial publié lundi par Opinion Internationale, Michel Taube reproche au président son manque de réponses aux violences. Il déplore notamment que Macron n’ait pas annoncé de rencontre avec les commerçants et entrepreneurs sinistrés à son retour.
L’utilité économique du déplacement soulève d’autres interrogations. « D’abord, il est totalement décrédibilisé par rapport aux monarchies du Golfe », estime Thierry Bros, professeur à Sciences Po. Dans des propos rapportés par l’AFP, il ironise sur l’état des finances françaises : « Et pour acheter, il faut un carnet de chèques et le carnet de chèques français, il n’a plus beaucoup de feuillets ».
L’expert en énergie Francis Perrin souligne, auprès de TV5Monde, la difficulté d’obtenir des engagements fermes tant que la région reste déstabilisée par la guerre contre l’Iran et les perturbations du détroit d’Ormuz.
À l’étranger, les analyses sont moins sévères. Interrogé par Les Échos le 18 octobre, Robert Mogielnicki, de l’Arab Gulf States Institute in Washington, estime que « Paris a une carte à jouer » auprès de monarchies désireuses de diversifier leurs alliances.
Mais Adel Bakawan, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri), rappelle les limites de l’ambition française : « La région sait parfaitement que la France est une puissance moyenne qui ne peut pas remplacer totalement les États-Unis ».
Une puissance moyenne qui n’est toutefois pas dépourvue de moyens : au Koweït, une déclaration d’intention en matière de défense a déjà été signée, et Airbus a engagé des discussions sur le renouvellement de la flotte de Kuwait Airways.