France

Mobilisations du 17 octobre en France : chaos à Marseille et tensions à Paris

Étudiants, agriculteurs ou encore anciens gilets jaunes sont attendus partout en France ce 17 octobre à l’occasion de plusieurs centaines de rassemblements prévus à travers le pays. La situation est particulièrement tendue à Marseille. À Paris, les locaux de la chaîne CNews ont été ciblés par une centaine d'individus.

Samedi 17 octobre

Paris : des véhicules incendiés, le cortège retardé place de la République

Le cortège parisien, au départ de la place de la République et qui doit rallier la porte de Clichy s’est élancé avec une demi-heure de retard en raison des heurts entre des manifestants et les forces de l'ordre. Ces dernières ont notamment déployé un canon à eau.

Sur la place même, une voiture a été incendiée, et certains ont tenté de mettre le feu aux portes de la Caserne Verines. Une vidéo relayée sur les réseaux sociaux montre un homme cagoulé lancer des pavés sur un camion de pompiers, avant de se faire jeter à terre par des manifestants. Plusieurs véhicules ont été incendiés dans une rue parallèle à la place de la République.

« J’en ai raz le bol de la doctrine de maintient de l’ordre dans ce pays», lance Marine Tondelier

« J'en ai ras-le-bol de la doctrine de maintien de l'ordre dans ce pays », a fustigé la secrétaire nationale des Écologistes et candidate à l'élection présidentielle Marine Tondelier, auprès de journalistes, dénonçant une « atteinte aux libertés publiques », et d'estimer qu'« en plus cela met tout le monde en danger : les manifestants et les policiers ».

« La convergence des lutes, ils l’ont eux-mêmes organisé », a-t-elle fustigé, interrogée Place de la République sur les propos du Premier ministre Sébastien Lecornu quant à un mouvement de colère lycéenne qui « s’est transformé en violences urbaines ».

Lyon situation place Bellecour

Lyon : un office du tourisme saccagé et incendié

L’office du tourisme de Lyon, situé sur la place Bellecour, a été la cible de groupes de jeunes cagoulés qui ont pillé puis mis le feu au bâtiment. Sur des images relayées par Lyon Mag', la statue en bronze du chef-cuisinier et figure de la ville Paul Bocuse, n’a pas été épargnée.

« On a une belle jeunesse, qui s’exprime, je pense que le pays est dans la dérive. C’est inadmissible qu’on laisse les jeunes dans une éducation dans cet état-là. En tant que parent, en tant qu’adulte on se doit d’être-là », a déclaré une manifestante au quotidien régional Le Progrès depuis cette même place Bellecour.

Selon le groupe TF1, la mairie de Lyon aurait reçu la consigne de la préfecture de demander à l’ensemble des commerces du centre-ville de fermer.

Centaures à Marseille

Des blindés centaures déployés à Marseille

Au moins deux véhicules d'intervention polyvalents de la gendarmerie (VIPG), ont été observés à Marseille où les heurts se poursuivent entre des individus violents et les forces de l’ordre au niveau du Vieux-Port.

Selon le maire de Marseille, cité par BFMTV, qui évoque « une conférence téléphonique » entre le président français Emmanuel Macron, son Premier ministre Sébastien Lecornu ainsi que le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, la Place Beauvau aurait acté le déploiement dans la cité phocéenne de deux compagnies CRS et deux « unités centaures » supplémentaires à la suite de l’intrusion de casseurs dans la mairie.

« Il n'y avait qu'une compagnie de CRS ce matin pour l'intégralité de la ville de Marseille », a regretté l'édile avant de poursuivre : « je vous rappelle que Marseille c'est cinq fois Lyon en surface, deux fois et demi Paris ».

Sandrine Rousseau

« Ce qui se passe ici est scandaleux », dénonce une députée à Paris

« Le prochain qui me dit que les manifestants doivent se calmer, vraiment cela va mal se passer parce qu’en fait là c’est la police qu’il faut calmer aujourd’hui et le gouvernement qu’il faut calmer » a lancé la députée écologiste de Paris Sandrine Rousseau, présente lors du rassemblement dans la capitale, après avoir évoqué des « charges de CRS », « bombes lacrymo » et « grenades assourdissantes ».

« Ce qui se passe ici est scandaleux, mais ils le paieront, d’une manière ou d’une autre ils le paieront », a-t-elle conclu.

Cortèges parisiens et forte présence policière

Tensions à Paris, plusieurs cortèges éparpillés à travers la ville

La capitale française, où se sont formés plusieurs cortèges, n’est pas épargnée par les violences. Des heurts ont notamment éclaté place de la République, d’où doit s’élancer à 14 heure, heure locale, le cortège parisien. À la mi-journée -, plus d’une centaine d’interpellations qui auraient eu lieu, selon la préfecture de police citée par BFMTV.

Mairie de Marseille attaquée

Situation chaotique sur la Canebière, la mairie de Marseille attaquée

Des images circulant sur les réseaux sociaux montrent un groupe d’individus cagoulés s’en prenant à la mairie de Marseille et forçant l’entrée. Certaines chaînes sur X, suivant la mobilisation, ont affirmé que le bâtiment municipal aurait été « pillé ».

Selon des informations de journalistes de l’Agence France-Presse et de BFMTV, reprises par la presse française, il s'agit de « plusieurs dizaines de manifestants » qui auraient « brièvement » pénétré dans « le hall » de la mairie, avant l’intervention des forces de l’ordre.

Sur des images ainsi reprises, on peut voir un jeune taguer un symbole anarchiste sur l’un des murs du hall, une Marianne jetée au sol ou encore du mobilier et du matériel dégradé. Le maire de la ville, Benoît Payan, évoque auprès de BFMTV de « dégâts assez limités ». « C’est inacceptable de se servir de ce type de revendications pour s’introduire, casser, abattre ce ciment national », a fustigé l’élu marseillais, ancien membre du Parti socialiste.

Toujours selon des sources suivant cette mobilisation, la situation dans le centre historique de la cité phocéenne serait « chaotique » : les forces de l’ordre étant la cible de mortiers d’artifice et de divers projectiles.

Commissariat attaqué à Marseille

Commissariat pris pour cible à Marseille : « Une tentative d'incendie a pu être avortée », annonce la préfecture

Le commissariat de la police municipale, installé sur la Canebière, dans le centre-ville de Marseille, a été « dégradé en marge des regroupements non déclarés de ce jour », a confirmé la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, citée par La Provence. « Des vitres ont été cassées et des fumigènes lancés à l'intérieur. Une tentative d'incendie a pu être avortée », peut-on encore lire.

Par ailleurs, une boutique de téléphonie a été dévalisée, sa vitrine ayant été détruite. Sur le Vieux-Port, à en croire une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, c’est une enseigne d’appareils auditifs qui aurait été incendiée.

Des centaines d’actions « envisagées » à travers le pays, selon le Place Beauvau

Alors que des centaines de rassemblements sont attendus ce 17 octobre à travers la France à l’occasion de cette mobilisation protéiforme contre la « vie chère », des heurts ont été rapportés entre manifestants et forces de l’ordre à Marseille où des poubelles ont été incendiées.

Plus tôt dans la matinée, le média de gauche radicale Contre Attaque rapportait des dégradations contre  des stations-services ainsi que les locaux de CNews. Selon une source policière, évoquant « une centaine » d'individus, citée par Le Parisien, ce groupe ciblant le siège de la chaîne d'information « a jeté des projectiles sur les vitres, causant des destructions ».

Le média nantais a également rapporté le « blocage » à Marseille de l’entreprise d’armement « complice d’Israël » Eurolinks, déjà la cible d’un rassemblement plus tôt dans la semaine et auquel avait participé la militante suédoise Greta Thunberg.

Selon l’entourage du ministre de l'Intérieur français Laurent Nuñez, cité par plusieurs médias à la veille de cette journée de mobilisation à six mois de la présidentielle, 500 actions seraient « envisagées » dans tout le pays et 90 manifestations « en cours de structuration». Anticipant des « débordements », la Place Beauvau a averti que « les actions de blocage sur des axes structurants et des équipements majeurs, importants, essentiels, ne seront pas tolérées ».