Au lendemain de l’embardée de Donald Trump sur la pelouse de la Maison Blanche, visiblement agacé par les jérémiades d’une journaliste ukrainienne, la presse française est largement revenue sur cette « trahison qui condamne l’Ukraine » et la « consternation » des dirigeants européens, certains s’émouvant du tempo de cette annonce alors qu’une délégation de Kiev se trouvait aux États-Unis.
Pour rappel, alors qu’il n’avait fait que répéter aux journalistes son avertissement passé – et ignoré – à Volodymyr Zelensky, enjoignant celui-ci à ne pas frapper les raffineries russes en raison de leur poids sur le marché mondial du gazole, le président des États-Unis a drastiquement changé de ton face à cette journaliste qui a joué la carte du pathos, lui lançant que « nous souffrons de la faim ».
« Je suis d’accord avec vous, et vous savez ce que je suggère ? », avait commencé par répondre Donald Trump. Puis de cingler que les Ukrainiens devraient « se trouver un nouveau dirigeant capable de conclure un accord ». Une position qu’il a réitéré à sa descente d’Air Force One.
Même tonalité quant à un « lâchage » américain, sur les plateaux, de la part des intervenants ayant pris pour habitude de qualifier de « défaitiste » ceux qui s’interrogent sur la possibilité de Kiev de l’emporter militairement sur la puissance nucléaire qu’est la Russie.
« La rupture » au sein de l'Alliance atlantique
Une « trahison de plus », a ainsi estimé sur France Info Marianna Perebenesiuk, présentée comme « journaliste indépendante franco-ukrainienne », prétendant que l’Ukraine n’aurait déjà « plus aucune aide » des États-Unis – propos qui lui vaudront, au moins cette fois, d’être reprise par la présentatrice – et que Washington n’aurait « plus de levier de pression » sur Kiev.
Plus original et avec un soupçon de surenchère, Thomas Friang, directeur exécutif de l'Institut géopolitique & business de l'ESSEC, a appelé les Européens à « faire rimer souveraineté et sobriété » après avoir repris coup sur coup les poncifs éculés d’une Russie qui ne compterait que sur sa manne des hydrocarbures et utiliserait ces derniers comme « première arme de dissuasion massive ».
« On ne peut pas remporter une guerre quand on dépend de l’énergie de son ennemi, qu’il soit à l’Est ou qu’il soit à l’Ouest », a-t-il poursuivi, également sur France Info, aux côtés de Marianna Perebenesiuk, soulignant toutefois que l’Europe « n’a fait que déplacer le problème » en se rendant dépendante des approvisionnements énergétiques des États-Unis après avoir coupé les ponts avec la Russie. Pour lui, « il s’agit d’une énième rupture, si ce n’est la rupture dans l’Alliance atlantique ».
« Cette trahison est abominable», s’est étranglé sur X Cyrille Amoursky, coqueluche du groupe TF1 où il a fait ses débuts en tant qu’« étudiant franco-russe », également intervenant sur France Info en tant que « reporter de guerre », qui avait manifesté devant CNews pour l’éviction de Xénia Fedorova.
« Un crachat à la figure du crédo américain »
Toujours sur la plateforme américaine, Cyprien Ronze-Spilliaert, chercheur associé à l'Institut Thomas More – demandait l’expulsion de Xénia Fedorova – appelle désormais à « sanctionner durement Washington en représailles » de la levée temporaire des sanctions américaines sur le diesel russe.
Des déclarations qui feraient presque passer l’inénarrable Bernard Henri Lévy pour un pacifiste. « Il faut prier pour l’inconséquence de Trump », affirmait-il sur le plateau de BFMTV, évoquant un « tournant » s’il venait à se confirmer et qualifiant les déclarations du président américain d’« absolument misérables ». Déclarations, à ses yeux, relevant du « coup de poignard » tant aux Ukrainiens qu’aux Européens, mais également d’« un crachat à la figure du credo américain ».
« Je crois que moi, si j’étais président de la République, je convoque une réunion d’urgence, un conseil de crise, un état-major spécial cette nuit, pour savoir qu’est-ce qu’on fait face à cet événement colossal », a lancé celui qui s’était rendu à Maïdan en 2014, espérant que « la France sera à la hauteur de ce qui se passe là ». Et de brandir le spectre d’« une démission sans précédent » ou encore d’« une déculottée » pour l’Europe si cette dernière n’ajustait pas son aide à Kiev en conséquence. BHL s’est rattrapé sur X, redorant son blason de va-t’en guerre, en appelant à « aider l’Ukraine à détruire les raffineries russes ».